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La nomination d’Elisabeth Guigou à la tête de la commission sur l’inceste inquiète les associations

L’ancienne garde des Sceaux Elisabeth Guigou préside depuis quelques semaines la nouvelle commission sur l’inceste. Une nomination qui fait débat au sein du milieu associatif en particulier depuis la sortie du livre "La familia grande".

Rédigé le , mis à jour le

La nomination d’Elisabeth Guigou à la tête de la commission sur l’inceste inquiète les associations
©Commons

Nommée il y a tout juste un mois à la tête de la commission sur l’inceste, Elisabeth Guigou est déjà sous le feu des critiques. Dernier débat en date : sa proximité avec Olivier Duhamel, politologue français accusé... d’inceste. L'ancienne garde des Sceaux est citée comme parmi les plus proches connaissances du politologue : 

“ (Chez Olivier Duhamel) défile la gauche culturelle : le philosophe Luc Ferry, la productrice Fabienne Servan-Schreiber (...) et l’ex-ministre socialiste de la justice Elisabeth Guigou – future présidente de la commission sur les violences sexuelles commises contre les enfants, créée en 2020.” (Le Monde 04/01) 

Une proximité qui dérange, et qui s'ajoute à la liste des critiques émises par les associations de protection de l’enfance depuis l’annonce de cette nomination.  

Incompréhension des associations 

Le 10 décembre dernier, Adrien Taquet, le secrétaire d’État à l’enfance et aux familles annonce que c’est Elisabeth Guigou qui présidera la nouvelle commission sur l’inceste. Une annonce qui laisse perplexe les professionnels de la protection de l’enfance.  

Avant même de parler de ses relations et ses propos problématiques, il y a la question des compétences. Nous n’avons pas compris pourquoi elle était choisie. Ce n’est pas une actrice de la protection de l’enfance. Elle ne connait que les institutions, et pas le terrain”, déplore Isabelle Aubry, présidente de l’association Face à l’inceste.  

Cette dernière regrette que les associations n’aient pas du tout été consultées avant cette nomination. Même son de cloches chez Lyes Louffok, membre du Conseil National de la Protection de l'Enfance :  

Des propos qui dérangent 

Quelques semaines avant les révélations sur Olivier Duhamel, Elisabeth Guigou était déjà critiquée pour une autre de ses relations amicales. L’ancienne garde des Sceaux est interviewée dans le documentaire Chambre 2806 : l'affaire DSK, film qui revient sur l'affaire du Sofitel.  

Ses propos sur l’ancien directeur du FMI, dont elle était proche, suscite une vague d’indignation :  "Pourquoi [DSK] aurait-il besoin de le faire ?", c'est-à-dire, "de violer" ? "C'est un homme charmant, brillant, intelligent, il peut être drôle par moment", complète-t-elle, assurant qu'il n'a "jamais eu" de geste déplacé envers elle. 

Ces déclarations ne concernent pas directement le sujet de l’inceste, mais pour Isabelle Aubry, présidente de Face à l'inceste, ils témoignent d’une “culture du viol” et d’un “état d’esprit incompatible avec la mission qui lui est accordée.” 

Recentrer le débat   

Si la majorité des acteurs de la protection de l’enfance s’accordent à dire que cette nomination pose problème, certains regrettent un emballement médiatique qui occulte le vrai sujet : la lutte contre l’inceste.  

En effet, depuis l’annonce de cette commission sur l’inceste, l’espace médiatique est occupé par les débats sur Elisabeth Guigou. Un débat nécessaire mais “on ne parle plus de la commission”, alerte Arnaud Gallais, président d’Enfant Présent.  

L’activiste, qui se dit lui aussi “choqué” par les propos de l’ancienne garde des Sceaux, regrette qu’elle ne communique pas sur ce qui lui est reproché.  

Quand je la vois défendre DSK, je suis bien évidement choqué. Mais il ne faut pas oublier qu’on parle d’une autre époque, des gens qui savaient et qui n’ont rien dit il y en a plein. Il ne s’agit en aucun cas de l’excuser, mais je pense que le plus important, pour la commission, c’est d’exiger plus de transparence. Elle devrait être plus honnête et reconnaître ses erreurs. Si elle ne communique pas, ça donne l’impression qu’elle ne voit toujours pas où est le problème...”, explique le président d’Enfant Présent, en insistant sur la nécessité de recentrer le débat.  

Effectivement, malgré l’accumulation des polémiques autour de sa nomination, la présidente de la commission s’est simplement contentée de nier les faits : “Nous côtoyons tous des victimes et des agresseurs sans le savoir, je ne fais pas exception à la règle” (L’Obs 05/01).   

Les associations mises de côté  

Au-delà des débats sur la légitimité de l’ancienne garde des Sceaux, les acteurs de la protection de l’enfance regrettent de ne pas être assez consultés. “Nous n'avons eu qu'une rencontre avec elle, depuis rien” déplore Isabelle Aubry.  

Nous craignons que ça ne soit qu’une commission de plus”, regrette Arnaud Gallais, qui lui aussi demande une plus grande coopération avec le monde associatif.  

Pour l’instant cette commission se donne deux ans, avant d'engager des réformes pour mieux protéger les enfants de l'inceste. Un délai “trop long” pour Isabelle Aubry.  

Selon les derniers chiffres Ispos, 10% des Français déclarent avoir été victimes d’inceste soit 6,7 millions de personnes.