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Comment retrouver une sexualité épanouie après des violences sexuelles

Après des violences sexuelles, la vie sexuelle se retrouve souvent altérée. Une sexualité plus satisfaisante est toutefois possible, associant le corps au plaisir et non plus à la douleur.

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Comment retrouver une sexualité épanouie après des violences sexuelles
Comment retrouver une sexualité épanouie après des violences sexuelles

"Avoir une sexualité épanouie et belle après le parcours thérapeutique est le critère de guérison ultime" à la suite de violences sexuelles, estime le Dr Violaine Guérin, gynécologue, organisatrice des 8èmes Assises des violences sexuelles les 7 et 8 janvier 2020, et auteure du remarquable Comment guérir après des violences sexuelles, aux éditions Tanemirt.

Les sages-femmes et sexologues, Nicole Andrieu et Véronique Coutance, formatrices au sein de l'association Stop aux Violences sexuelles, prennent régulièrement en charge des femmes et des hommes ayant souffert de violences sexuelles. D'emblée, elles insistent sur le fait de ne pas lier systématiquement une difficulté sexuelle avec un antécédent de violence.

Par exemple, des douleurs durant le rapport, peuvent aussi s'expliquer par des cicatrices anciennes ou des infections vaginales par exemple. "Il est impératif pour les soignants de ne pas céder à la facilité et passer à côté d'une autre cause, commentent-elles. Un bon examen clinique doit être réalisé et des examens complémentaires sont parfois nécessaires, comme dans les suspicions d’infection."

Lorsque le lien est établi, il est préférable d'en parler à un sexologue, formé à ce sujet, pour un travail global, portant à la fois sur le corps et sur l'esprit. "Le travail sur le corps est incontournable car les violences sexuelles sont un traumatisme corporel avant d'être un traumatisme psychologique, explique Véronique Coutance. C'est une effraction corporelle et il faut remettre le corps  en mouvement (par le biais d’une pratique sportive par exemple) pour se faire du bien en apprenant à écouter son corps sans le maltraiter."

Ce travail sur le corps est fondamental pour le réparer : il peut aussi faire appel aux thérapies corporelles, à l’escrime-thérapie, l'art-thérapie ou encore aux massages, puis aux ateliers de socio-esthétique pour accepter à nouveau sa féminité.

Et avec le/la partenaire ?

A la question "faut-il en parler avec son ou sa partenaire ? ", elle offre une réponse mitigée au vu de ses consultations : "c'est un sujet compliqué, à double tranchant car cela peut bloquer certains partenaires. Il peut y avoir de mauvaises réactions spontanées, parfois stigmatisantes où le/la partenaire perçoit l’autre comme une victime et non plus comme un homme ou une femme.

Parfois, à l’inverse, la personne victime se remet dans un chemin de vie lumineux grâce à son/sa partenaire !" Il peut être intéressant pour certaines personnes et couples d’en parler lors d’une consultation, avec le sexologue. "Quoi qu’il en soit, l’accompagnement des personnes victimes doit se faire par des professionnels formés à la spécificité des violences sexuelles, qui pourront donner du sens à ce qu’elles vivent en expliquant les conséquences médico-psycho-sociales des violences sexuelles."

Certaines précautions facilitent la reprise des contacts physiques et de relations sexuelles satisfaisantes : "pour certaines victimes, il est important de leur demander leur consentement avant d'être touchées, détaille Véronique Coutance. Parfois, elles sont tellement atteintes dans leur corps que le moindre contact, qui paraît anodin, ne l'est pas..." Il faut comprendre que les personnes qui ont subi des violences, ont été chosifiées et vues comme des objets ; leur rendre un statut de sujet est donc primordial.

Plus spécifiquement, concernant le déroulement des rapports sexuels, "il est nécessaire de respecter la physiologie de la sexualité et de ses phases, insiste Véronique Coutance. La phase d'excitation des femmes doit être respectée et les hommes ne doivent pénétrer une femme que si elle en a envie et donne son accord, et quand elle se sent prête (autrement dit lubrifiée, avec un vagin prêt à être pénétré). Il ne faut pas pénétrer une femme tant qu'elle ne le demande pas !" Dans le cas contraire, la pénétration provoquera une douleur et pourra raviver le traumatisme.

Remettre du plaisir dans la vie et dans la sexualité

Dernier conseil de Véronique Coutance : "les personnes victimes doivent remettre du jeu et du plaisir dans la vie en général, et dans le corps, grâce à tous les plaisir culinaires, sportifs, amicaux, culturels, et dans la sexualité en particulier. Il s'agit de remettre du jeu mais aussi du je : j'existe et je suis autocentrée, en étant dans mon corps et dans mes sensations, tout en étant en relation avec l'autre...."

En dépit de violences sexuelles, il est possible de retrouver une sexualité satisfaisante et de redonner une autre couleur à la sexualité, en associant le corps aux plaisirs et non plus à la douleur...

 

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