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Etats-Unis : un cas de contamination radioactive... au crématorium

Les employés des fours crématoires peuvent être exposés à un risque de radiation. Comment ? A travers les composés volatils libérés dans l’air après l’incinération d’un défunt qui avait été soumis à une radiothérapie.

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Etats-Unis : un cas de contamination radioactive... au crématorium
Le défunt concerné avait subi une radiothérapie, un traitement qui implique une dose limitée de radiation

Fin 2017, un sexagénaire américain venant de recevoir une dose de lutetium 177, un traitement anticancéreux radioactif, est mort. Cinq jours plus tard, il a été incinéré en Arizona. Kevin Nelson, responsable de la sûreté des traitements radioactifs à la Mayo Clinic Arizona, a appris la mort de l'ancien patient, s’est rapidement inquiété. La raison? Le composé radioactif présent dans le corps du patient, au moment de son incinération, aurait pu contaminer le crématorium et les personnes qui y travaillent.

Le médecin s'est rendu en Arizona pour mesurer les radiations dans le crématorium, en compagnie d’un spécialiste. Un compteur Geiger-Mueller est mis en contact avec le four, un filtre d'aspirateur et le concasseur d'ossements du crématorium: des traces de radiation au lutetium sont détectées.

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L'employé du crématorium a été contaminé par une faible dose de radiation

Les enquêteurs analysent aussi l'urine de l'employé du crématorium: aucune trace de lutetium... Mais ils détectent des faibles traces d'un autre produit radioactif, très utilisé dans les hôpitaux du monde entier pour des examens de diagnostic, le technétium 99 (en rayonnant, il permet de visualiser le fonctionnement d'un organe particulier).

L'employé du crématorium a donc vraisemblablement été contaminé en inhalant le technétium lorsque le corps d'un autre patient a été incinéré. La molécule s'est vaporisée dans l'air à haute température.

Le cas est décrit le 26 fevrier dans une lettre de recherche publiée par le Dr. Nelson et son collègue Nathan Yu, oncologue à la Mayo Clinic de Phoenix, dans le Journal de l'Association américaine de médecine (JAMA).  "C'est la première fois que la contamination d'un équipement a été documentée", dit à l’Agence France-Presse (AFP) Nathan Yu. 

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Il n’existe aucune réglementation liée à l'incinération

Le niveau de radiation est "très, très faible", rassure Kevin Nelson. "Nous pouvons dire avec une grande certitude que l'opérateur du crématorium a reçu une dose de radiation très éloignée de la limite pour le grand public".

Mais le cas des produits radioactifs semble avoir été négligé dans la plupart des Etats américains. Aucune réglementation fédérale ne s'intéresse au sujet. Pourtant, quarante millions de traitements et examens de médecine nucléaire ont été réalisés dans le monde en 2006, écrivent les médecins, en citant les derniers chiffres mondiaux disponibles. Ils appellent à mettre à jour les protocoles pour mieux évaluer ce risque.

Interrogée par l'AFP, l'Association américaine des directeurs de pompes funèbres n'était pas au courant du cas jusqu'à récemment. L'Association "souhaite que le problème soit mieux étudié et sollicite des recommandations" pour par exemple "évaluer la radioactivité chez les patients décédés”. En Virginie, le directeur du bureau de la santé radiologique confirme à l'AFP qu'il n'existe aucune réglementation liée à l'incinération, les crématoriums n'étant pas "des établissements ayant une license pour des matières radioactives”.

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Les précautions nécessaires pendant le traitement

Même pendant la radiothérapie des précautions doivent être prises pour éviter la contamination. Il existe deux types de radiothérapie pour traiter le cancer. En radiothérapie externe, les patients sont soumis à de fortes doses de radiations destinées à tuer les cellules cancéreuses. Dans ce cas, une fois la séance de radiothérapie terminée, il n’y a plus de risque de contamination des autres personnes, les patients ne sont en aucun cas radioactifs.

En radiothérapie métabolique, cependant, les composés radioactifs sont ingérés ou injectés, circulent dans le corps et sont absorbés par les cellules cancéreuses. Dans ce cas, les patients pourraient en effet contaminer les personnes qui les entourent avec des composés radioactifs. Pour éviter cela, des précautions sont recommandées, telles que d'éviter le contact par la salive, éviter les contacts prolongés avec les enfants et les femmes enceintes, utiliser si possible des toilettes séparées du reste de la famille et nettoyer toute trace de sang ou d'urine aussi rapidement que possible.

Par la rédaction d'Allodocteurs.fr avec AFP

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