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Écraser les médicaments : quels risques ?

Certaines personnes pour avaler plus facilement leurs médicaments ont pris l'habitude de les broyer ou de les décapsuler lorsqu'il s'agit de gélules. Mais qu'entraîne cette pratique très courante ? Y a-t-il des risques à écraser des médicaments ? Quelles sont les règles à respecter ? Les explications avec le Pr Alain Astier, pharmacologue.

Rédigé le , mis à jour le

Écraser les médicaments : quels risques ?

Broyer un comprimé, ouvrir une gélule... c'est modifier une forme pharmaceutique. Un médicament, c'est à la fois un principe actif (PA) et sa forme galénique, pharmaceutique. Le médicament est un tout et sa formulation, sa forme, est extrêmement importante. Clairement, on ne met pas un comprimé sur la peau et on n'avale pas une pommade.

La formulation joue un rôle fondamental sur la première étape de l'action d'un médicament, qui est l'absorption. Par exemple, un comprimé peut être enrobé pour protéger le principe actif de l'action des sucs acides de l'estomac (oméprazole, par exemple). De même, une formulation spéciale permettra une libération prolongée du principe actif ou à un endroit précis du tube digestif, donc une action plus prolongée également. Un enrobage peut masquer un goût très amer. Donc, si on modifie la forme pharmaceutique, on risque de modifier fortement l'action du principe actif.

Ecraser les médicaments pour faciliter leur administration

Pourtant, dans certains cas, le patient ou le soignant n'a pas toujours le choix, il est obligé d'écraser le médicament. Dans de nombreux cas pratiques, dans la "vraie vie", le patient ne pourra pas avaler le comprimé tel qu'il est présenté. L'exemple le plus caricatural est le patient de réanimation, dans le coma. Il ne peut pas avaler lui-même, il faudra donc administrer la forme solide par une voie orale artificielle, la sonde gastrique. Il est impossible d'introduire un comprimé entier qui risque de boucher la lumière de la sonde. On va donc broyer le comprimé et le suspendre dans l'alimentation entérale ou dans une solution saline.

Il y a aussi les patients qui ne peuvent pas déglutir : personnes âgées, enfants. On a aussi l'adaptation de doses : comprimés sécables en deux ou en quatre. Pas facile d'être sûr de bien couper. Dans ces cas, il faut modifier la formule, en général écraser ou broyer un comprimé ou ouvrir une gélule.

Ecraser les médicaments les rend inefficaces

Si on broie un comprimé, on va exposer le principe actif à l'oxygène, à la lumière, à l'humidité. On risque de dégrader le principe actif surtout si on broie le médicament à l'avance. Il existe de nombreux exemples.

Le problème le plus important est lié aux formes à libération prolongée : comprimés enrobés, pelliculés, à matrice. Si on détruit le comprimé, on va détruire également la protection d'où une toxicité augmentée (muqueuse gastrique) et/ou destruction du principe actif. Par exemple, un comprimé dit gastro-résistant permettra d'administrer un principe actif instable en milieu acide, la pellicule est inaltérée en milieu acide et détruite en milieu alcalin, c'est-à-dire dans le duodénum où le principe actif sera libéré et absorbé. Si on broie le comprimé, on détruira la protection, puis le principe actif le sera dans l'estomac et on n'aura plus d'action pharmacologique. Donc la biodisponibilité sera fortement modifiée, voire annulée.

Même dans le milieu hospitalier, des professionnels broient parfois des médicaments. D'abord parce que tous les principes actifs ne sont pas sensibles et qu'il faut bien "faire avec" pour des principes actifs non disponibles en injectable par exemple ou chez la personne âgée et en pédiatrie. Cela est souvent pratiqué en milieu hospitalier pédiatrique et gériatrique. La règle est de ne broyer que les comprimés qui le supportent. Il existe pour cela des listes par spécialité, par exemple celle de l'OMEDIT.

De plus, il faut utiliser des systèmes adaptés de broyage qui donnent une poudre homogène permettant d'être sur de la dose, par exemple en la mettant dans un laitage, une compote. Mais tout cela doit être parfaitement validé avec des données de stabilité après broyage, il faut identifier les risques d'interaction avec les aliments. C'est le rôle essentiel du pharmacien. Il faut également voir s'il n'existe pas des alternatives (autres formes plus adaptées, par exemple buvables) ou des préparations dites magistrales (pédiatrie).

Les règles à respecter

Il ne faut jamais écraser ou broyer un comprimé ou ouvrir une gélule sans avoir d'abord demandé si cela est possible sans risque. On demande au pharmacien dont c'est le métier.

Si on peut le faire, il faut éviter de broyer à l'avance et respecter les indications de compatibilité avec le véhicule d'administration. Ne pas garder de la poudre de comprimé broyé ou des fragments de comprimés coupés. Utiliser un broyeur type moulin (moins de 10 euros) et/ou un coupeur de comprimés. Le principe général est de respecter le médicament dans son intégralité.

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