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Chirurgie bariatrique : de graves conséquences psychologiques

Les personnes obèses ayant subi une chirurgie bariatrique pour perdre du poids (anneau gastrique, gastroplastie, by-pass, etc.) ont 50% de probabilité en plus de faire une tentative de suicide qu'avant l'intervention, selon une étude publiée dans la revue médicale américaine JAMA Surgery, le 7 octobre 2015.

Rédigé le

Entretien avec le Dr Sébastien Czernichow, nutritionniste

Avant d'arriver à ces conclusions, les scientifiques ont épluché les dossiers médicaux de 8.815 habitants de la province canadienne d'Ontario ayant subi une chirurgie bariatrique  entre 2006 et 2011. Ces patients ont été suivi pendant six ans, à savoir trois ans avant et trois ans après l'intervention.

Définition et intérêt de la chirurgie bariatrique

La chirurgie bariatrique est une technique lourde qui consiste à réduire la capacité de l'estomac par la pause d'un anneau ou à limiter l'absorption des aliments par une partie des intestins avec un pontage. Les habitudes alimentaires des patients ainsi opérés doivent ensuite changer profondément.

Aux Etats-Unis, près de 200.000 interventions bariatriques ont été réalisées en 2014. Elles ont notamment permis d'importantes pertes de poids chez la plupart des obèses ainsi qu'une réduction du diabète adulte, dit de type 2.

Dans ce groupe, 111 personnes ont été prises en charge aux urgences hospitalières pour 158 tentatives de suicide au total. Les scientifiques ont mis en lumière qu'un tiers avaient eu lieu avant l'intervention, et les deux tiers dans les trois ans l'ayant suivi, soit un accroissement de 50% du risque.

Des résultats à nuancer

Néanmoins, la majorité des tentatives de suicide ont été commise par des personnes ayant souffert de troubles mentaux dans le passé, ont constaté les auteurs. De précédentes études avaient déjà montré que les suicides étaient nettement plus fréquents chez les personnes ayant subi cette opération que dans le reste de la population. Elles n'avaient pas déterminé si cela résultait de l'intervention elle-même ou du taux élevé de problèmes mentaux liés à l'obésité.

Comme le souligne le Dr Sébastien Czernichow, nutritionniste, "cette étude n'est pas en mesure d'évaluer l'état psychologique des patients, puisque c'est une analyse d'une base de données. Il faut être extrêmement prudent sur les résultats de cette étude et sur le lien de causalité."

Selon d'autres recherches, un grand nombre d'obèses ont fait part d'une amélioration de leur moral et de leur estime de soi après cette chirurgie, mais une petite minorité a souffert d'une aggravation de leur dépression et des troubles alimentaires.

Un meilleur suivi des patients

Les chercheurs canadiens ont souligné que les tentatives de suicide se sont produites pour la plupart entre les deuxième et troisième années après l'opération. Ce qui montre la nécessité d'un suivi plus long de ces patients, ont-ils conclu.

Des experts ont avancé que des patients avaient tendance à substituer la nourriture par de l'alcool. Pour d'autres, un pontage digestif pourrait affecter le niveau des hormones et des neurotransmetteurs dans les intestins qui jouent un rôle important pour réguler l'humeur et l'appétit. 

"Le point important qui est souligné dans cette étude - dont les résultats sont bien entendu ultra-préliminaires - est de nous montrer que l'évaluation psychologique ou psychiatrique des patients est indispensable avant d'accéder à cette chirurgie. Si on ne sait pas si les patients ont un risque d'alcoolisation, s'il y a un usage de toxicomanie vis-à-vis de médicaments ou de substances illicites, bien sûr ces addictions risquent de persister après la chirurgie", précise le Dr Sébastien Czernichow. "Les patients qui ont une pathologie psychiatrique non-stabilisée sont une contre-indication à la chirurgie bariatrique", poursuit-il.

En France, il existe 37 centres de référence, labellisés par le ministère de la Santé. Les patients obèses qui souhaitent une intervention en chirurgie bariatrique doivent se tourner vers ces centres, afin d'optimiser leur prise en charge avant, pendant et après l'opération. La Haute Autorité de Santé (HAS) recommande un suivi de six mois minimum, post-intervention, par une équipe pluri-disciplinaire.

Source : Self-harm Emergencies After Bariatric Surgery, JAMA Surg. Published online October 07, 2015, doi:10.1001/jamasurg.2015.3414

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