Santé des femmes : comment combattre les inégalités de genre ?

Retard de diagnostic d'infarctus, douleurs négligées ou encore accouchement traumatisant... Au 21e siècle, le genre féminin a un impact conséquent sur la prise en charge médicale.

Dr Charlotte Tourmente
Dr Charlotte Tourmente
Rédigé le
Les consultations médicales sont encore trop souvent marquées par des clichés sexistes qui peuvent retarder la prise en charge.
Les consultations médicales sont encore trop souvent marquées par des clichés sexistes qui peuvent retarder la prise en charge.  —  Shutterstock

Un livre pour dénoncer les inégalités de genre dans la prise en charge médicale. Maud Le Rest, journaliste, et Eva Tapiero, ancienne avocate désormais journaliste, ont publié le 29 septembre dernier Les patientes d'Hippocrate, quand la médecine maltraite les femmes*. Une enquête coup de poing qui a pour objectif de bouger les lignes et d'améliorer une situation inexcusable.

Pourquoi un livre sur l'impact du genre féminin sur la prise en charge ?

Maud Le Rest : Ce sujet est universel mais pourtant peu abordé et pas bien traité. Le but était de laisser parler les femmes que l'on entend peu s'exprimer longuement et sans filtre.   

Eva Tapiero : Si des articles étaient publiées sur les violences obstétricales, nous manquions d'un livre pour mieux comprendre les conséquences sur la vie des femmes, leur prise en charge et donner des chiffres. Le livre ne parle pas uniquement de violences, mais surtout de discriminations et de biais de genre, qui amènent parfois à des conséquences désastreuses dans le diagnostic (avec une mauvaise écoute et un retard de diagnostic) et une mauvaise prise en charge. Cela va dans certains cas jusqu'aux violences, obstétricales et gynécologiques par exemple. L'idée du livre est de montrer que les femmes sont moins bien traitées que les hommes. L'objet n'est pas un réquisitoire contre les médecins mais simplement de pointer du doigt un système défaillant et de dire aux médecins d'analyser leurs pratiques pour vérifier s'il n'y a pas de biais dans leur prise en charge. Tous ensemble, on devrait s'en sortir...   

Maud Le Rest : On est obligé de dénoncer les mauvaises pratiques pour les améliorer. Certains Ordres chez les sages-femmes et les kinésithérapies sont ouverts à la réflexion avec une volonté de se remettre en question. A contrario, d'autres ont du mal et de façon paradoxale, c'est le cas de celui des gynécologues-obstétriciens.      

Comment réagir quand on est victime de ce type de discrimination ?

Eva Tapiero : On ne doit rien à un médecin hormis le prix de la consultation ! S'il fait des procédures pour lesquelles on ne se sent pas écoutée, on peut partir. Si l'on n'a pas consenti au toucher vaginal ou à l'introduction du spéculum, on peut sortir si on ne veut pas le subir. Même si en pratique, c'est très dur de le faire. Les médecins conseillent eux-mêmes de consulter un autre praticien pour un second avis, donc demander un autre avis est aussi la première étape.   

Maud Le Rest : Dans les zones avec peu de praticiens, il existe des associations par troubles (comme l'endométriose). Ce sont des ressources très importantes, là où il n'y a pas d'écoute ou de conseil de médecins. Cela permet déjà une parole écoutée, auprès de gens qui ont les mêmes problématiques. C'est aussi, en cas de violences pénalement répréhensibles, la possibilité de mettre des mots juridiques sur la problématique et de faire des recours judiciaires.      

Comment prévenir ces violences ?

Maud Le Rest : Dire que cela existe est essentiel. On en parle peu, même si on a davantage parlé des violences gynécologiques cette année. Il faut que cela devienne un problème public car cela touche toutes les femmes, donc 50% de la population. On doit en parler dans les médias et les associations féministes : on n'a pas pris conscience de l'ampleur de la situation.   

Eva Tapiero : Les professionnels de santé devraient être mieux formés à la faculté, notamment à l'empathie. Il est essentiel de les sensibiliser à ces violences et il faut davantage de moyen pour le personnel soignant qui manque de temps. Ce qui entraîne la maltraitance malgré soi. On en a beaucoup parlé pour les Ehpad mais peu de façon générale ! Or les soignants, en particulier dans l'hôpital public, crient leur douleur de ne pas être dans les conditions suffisantes pour bien prendre en charge leurs patients. 

Les patientes d'Hippocrate, quand la médecine maltraite les femmes, aux éditions Philippe Rey. 20€ en format broché, 13,99€ en e-book.

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