Médecins du travail : une pénurie inquiétante pour la santé des salariés

Les médecins du travail sont de moins en moins nombreux et les délais pour obtenir un rendez-vous s'allongent. Une problématique qui risque de s’accentuer depuis qu'une nouvelle visite a été rendue obligatoire pour tous les salariés de 45 ans.

Charles Behr
Rédigé le , mis à jour le
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Médecine du travail : une pénurie inquiétantemedecine du travail pénurie  —  Le Mag de la Santé - France 5

Dénicher des créneaux de visites médicales est un casse tête pour ce boulanger situé à Beauvais. Sur ses cinq salariés, trois travaillent sans même avoir obtenu le précieux sésame.

"Mamodou par exemple a été embauché au mois d’août et on a toujours pas son rendez-vous de visite médicale. On a d’autres salariés qui ont eu leur visite médicale au bout de deux ans de travail dans l’entreprise", explique Victor Debil-Caux, gérant de boulangerie.

7 médecins du travail pour 100 000 habitants

Même si une visite est obligatoire en début de contrat, les créneaux restent rares. La raison de cette longue attente ? Des médecins du travail toujours moins nombreux. En 12 ans, la profession en a en effet perdu plus d’un millier.

Aujourd’hui, toutes les régions sont sous tension. La Picardie, mais surtout la Bourgogne et l’Aquitaine sont les plus touchées, avec moins de sept médecins pour 100 000 habitants.

C'est un constat qui n'étonne pas la Dr Livia Vandeville, représentante de l'association Nationale des internes en médecine du travail :"Malheureusement, on subi des clichés d’anciennes générations. On a 100 internes tous les ans qui finissent la spécialité donc effectivement, ça ne compense pas le déficit de médecins du travail. Il y a plus de départs à la retraite que de sortants de la médecine du travail".

Une nouvelle visite obligatoire à 45 ans

Et cette pénurie risque de s’accentuer puisqu'une nouvelle loi impose un rendez-vous supplémentaire à mi-carrière obligatoire autour de 45 ans. "C’est un examen supplémentaire qui demande du temps aussi, car il faut évaluer un peu toute la carrière passée, c’est une charge qui s'ajoute, mais avec des moyens qui ne sont aujourd’hui pas totalement en adéquation pour le suivi des salariés’’, confie la Dr Anita Bubnic, médecin du travail au centre ACMS.

Des médecins généralistes à la rescousse ?

Pour y faire face, la loi prévoit de faire appel à des médecins de ville. Mais pour Fabrice Locher, directeur médical de ce centre, ce n’est pas la solution. "Le médecin traitant a beaucoup de vertus, mais, malheureusement, il est déjà très fréquemment surbooké et puis il y a cette problématique de la connaissance de l’entreprise et des postes de travail, des risques, chimiques, physiques, biologiques, qu’un médecin généraliste ne peut pas assumer dans le cadre d’une activité globale’’, conclut-il.

Selon les prévisions, le nombre de médecins du travail devrait encore baisser de 7 % d’ici 2030. 

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