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Hébergement en EHPAD : combien ça coûte ?

Les mouvements sociaux totalement inhabituels dans les EHPAD témoignent des difficultés de fonctionnement des institutions pour personnes âgées dépendantes, essentiellement liées à l'insuffisance de personnel et de budget général de fonctionnement. Pourtant, la quote-part imposée aux familles est écrasante. Comment sont financés les EHPAD ? Existe-t-il des aides ?

Rédigé le , mis à jour le

Chronique du Pr Françoise Forette, médecin interniste, gériatre, du 7 février 2018

Le coût mensuel d'un EHPAD est divisé en trois types de forfaits :

  • Le forfait hébergement est payé uniquement par le résident et varie selon la catégorie de l'établissement, de 1.500 euros à plus de 4.000 euros par mois.
     
  • Le forfait soins est pris en charge par l'Assurance Maladie et sert à financer le personnel médical, il varie de 313 à 406,1 euros par mois.
     
  • Le forfait dépendance s'ajoute au forfait soins. Ce forfait, aussi appelé GIR, varie de 161,2 à 601,2 euros par mois en fonction du degré de dépendance. Il n'est pas pris en charge par l'Assurance maladie, mais par le patient. Il s'ajoute donc au forfait hébergement.
     

Des aides sont allouées en fonction des revenus, par l'intermédiaire de l'APA (allocation personnalisée d'autonomie). Les aides décroissent très vite en fonction des revenus et au-dessus de 2.400 euros par mois de revenus, la personne n'en reçoit que 10%. L'APA est souvent versée directement à l'institution.

Quelles sont les aides possibles ?

Des aides existent. Il est par exemple possible de demander l'aide sociale à l'hébergement (ASH). L'ASH est financée par le département qui assure le coût de l'hébergement mais se retourne immédiatement vers la personne et sa famille pour se faire rembourser :

  • La retraite de la personne est confisquée et on lui rend chaque mois 10% d'argent de poche.
     
  • Il y a une obligation alimentaire pour les enfants et les petits-enfants qui sont taxés en fonction de leurs revenus.
     
  • Il y a une hypothèque sur les biens. Si la personne est propriétaire d'une petite maison qu'elle a entretenue avec amour pour la léguer à ses enfants, celle-ci est vendue à son décès pour rembourser les frais de son hébergement.
     

Toutes ces mesures sont souvent un crève-cœur pour les personnes âgées qui ont "toute leur tête". D'autres aides existent. Les personnes peuvent demander l'allocation logement (APL) puisque la maison de retraite est considérée comme leur domicile. Il y a aussi le crédit d'impôt, mesure qui a été augmentée par la dernière loi ASV (Adaptation de la Société au Vieillissement). Cette mesure intéressante reste très mal comprise par les intéressés et mal adaptée à leur situation. Il leur faut, en effet, avancer l'argent (s'ils en ont) mais ce n'est qu'un an plus tard qu'ils peuvent le déduire de leurs impôts. S'ils ne paient pas d'impôts, l'argent leur est versé mais ils auront dû, eux-mêmes, acquitter ce coût un an plus tôt.

Des aides insuffisantes...

Ces aides ne sont malheureusement pas suffisantes. Les familles sont toujours obligées de vendre des biens, le conjoint de la personne hébergée est parfois obligé de déménager, loin du domicile antérieur et de l'EHPAD choisie pour sa proximité, si la part restant ne lui permet pas de payer le loyer... Et les drames sont nombreux !

L'entrée en EHPAD coûte toujours extrêmement cher aux familles alors que les prestations sont souvent de qualité discutable par insuffisance en nombre de personnels soignants, par épuisement et découragement de ces derniers. Il faudrait donc en augmenter le prix, ce qui serait impossible pour les familles.

En réalité, le coût de l'hébergement est artificiellement élevé car il finance, en partie, des infirmières et autres frais médicaux qui devraient être pris en charge par le budget soins payé par l'Assurance maladie. Les aides-soignantes pour l'aide à la dépendance devraient appartenir au budget "dépendance" payé par l'APA.

Il ne sera possible de sortir de ce cauchemar de coût exorbitant pour les familles et de cette insuffisance de qualité qu'en inventant de "l'argent neuf". C'est la raison pour laquelle nous prônons la création d'une assurance autonomie publique obligatoire.

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