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Brésil : des moustiques transgéniques pour vaincre Zika

Une ville brésilienne de l'Etat de Sao Paolo s'est lancée dans la production industrielle d'une arme d'éradication massive du virus Zika : des moustiques transgéniques assoiffés de sexe qui exterminent en copulant.

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Brésil : des moustiques transgéniques pour vaincre Zika
Photographie des moustiques transgéniques mis au point par l'entreprise Oxitec. (© Ideal H+K strategies)

A Piracicaba, à 140 km de Sao Paulo, des légions de moustiques mâles transgéniques sont produites à la cadence infernale de 60 millions de larves par semaine dans une usine implantée récemment par la compagnie anglaise Oxitec. Une fois lâchés dans la nature ils auront une mission simple: se livrer à de frénétiques orgies sexuelles avec les femelles ordinaires de leur espèce Aedes aegypti. Ce sont elles qui transmettent aux humains le virus Zika, responsable de graves malformations congénitales de bébés, mais aussi les virus tropicaux de la dengue et du chikungunya.

L'Aedes aegypti est un moustique coriace qui s'adapte très bien à la vie urbaine. Il prolifère le plus souvent près de réserves d'eau stagnante, comme des pneus usagers ou de simples pots de fleurs.

Entre avril 2015 et début 2016, le Brésil a été à l'épicentre d'une épidémie de virus Zika qui a affecté 1,5 million de personnes, provoqué de nombreuses naissances de bébés microcéphales et s'est ensuite répandue dans le reste de l'Amérique latine.

La progéniture issue de ces accouplements naîtra porteuse d'une maladie qui la tuera rapidement avant qu'elle n'ait pu se reproduire à son tour. Quant aux mâles transgéniques, ils sont eux programmés génétiquement pour périr peu après leurs accouplements.

Cette méthode a fait l'objet de cinq tests expérimentaux entre 2011 et 2014, dans l'Etat de Bahia (nord-est du Brésil), au Panama et aux îles Caïman. A chaque fois la population de moustiques Aedes aegypti a drastiquement chuté de 90%.

Une méthode contestée

Mais elle est encore loin de faire l'unanimité. Aux Etats-Unis, les autorités ont donné leur feu vert pour de premiers tests. Mais la commercialisation n'est pas pour demain. Au Brésil, Oxitec n'a pas obtenu à ce stade l'autorisation de commercialisation formelle de l'agence sanitaire Anvisa. C'est la mairie de Piracicaba qui a décidé d'accueillir l'usine d'Oxitec et de lui verser 1,1 million de dollars sur quatre ans. "C'est la première et plus grande fabrique au monde de moustiques transgéniques", a déclaré à l'AFP Hadyn Parry, PDG d'Oxitec, lors de son inauguration.

Dans un premier temps, cette ville de 360.000 habitants a prévu de lâcher 10 millions de moustiques transgéniques par semaine sur son agglomération. Les vastes hangars de l'usine de Piracicaba reproduisent les conditions de chaleur et d'humidité propices à la prolifération de moustiques. Les mâles de type "OX513A", race créée par Oxitec en 2002, seront lâchés dans la nature, tandis que les femelles sont elles conservées pour la reproduction.

Le projet prend forme sans que des études épistémologiques au Brésil aient prouvé que cette méthode permet véritablement de faire chuter les cas de maladies transmises par l'Aedes aegypti. 

Attaquer le mal à la racine

Face aux critiques des milieux écologistes, la biologiste d'Oxitec Karla Tepedino répond que ces études "prennent beaucoup de temps". Elle met en avant le fait que les moustiques transgéniques attaquent le mal à la racine."Il y a trois facteurs essentiels de transmission de ces maladies: les moustiques, les virus et les êtres humains. En éliminant le moustique, vecteur du virus, nous pouvons éradiquer les maladies", argumente la scientifique.

Le Brésil a déjà expérimenté une autre méthode de lutte contre Zika. Elle recourt aussi à des moustiques, non pas génétiquement modifiés, mais auxquels on inocule la bactérie Wolbachia, qui réduit leur capacité de propager zika et la dengue. De nouveaux lâchers de ces moustiques vont être menés en 2017 au Brésil et en Colombie grâce à un programme de 18 millions de dollars financé par des agences gouvernementales britannique et américaines et des organismes caritatifs, dont la Fondation Bill Gates.