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Maladie de Lyme : faut-il prescrire des antibiotiques au long cours ?

Généralement, la maladie de Lyme se soigne avec un court traitement antibiotique. Mais en cas de diagnostic tardif, le corps médical est divisé sur les traitements à adopter et leur durée.

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Maladie de Lyme : faut-il prescrire des antibiotiques au long cours ?

C'est un souvenir de vacances dont Agnès se serait bien passé. En  2005, lors d'une randonnée au Canada, elle est mordue par une tique. À son retour, d'étranges symptômes apparaissent au niveau de ses jambes. Elle doit attendre six mois avant que le diagnostic soit posé : elle souffre de la maladie de Lyme. Elle fait alors une cure d’antibiotiques de trois semaines, sans guérir pour autant. Parfois, les symptômes ressurgissent. "En même pas deux semaines, je me suis retrouvée complètement immobilisée avec des atèles aux deux poignets, des atèles rigides qui m’empêchaient de faire quoi que ce soit", raconte Agnès Gaubert-Pica. Pour limiter les rechutes, la jeune femme prend régulièrement des antibiotiques, parfois pendant plusieurs mois d'affilée.

Comme Agnès Gaubert-Pica, d’autres patients atteints de la maladie de Lyme prennent des antibiotiques au long cours. Mais ces traitements prolongés font débat. Ils ne respectent pas les recommandations officielles des spécialistes des maladies infectieuses publiées en 2006 : "Aucune étude clinique contrôlée ne permet d’affirmer à l’heure actuelle qu’il existe un bénéfice à allonger la durée de l’antibiothérapie au delà de 21 jours", peut-on lire dans ce teste qui fixe les règles de prise en charge de cette maladie de Lyme.

"Une maladie bactérienne qu'il faut traiter longtemps"

Ces recommandations sont remises en cause par les associations de patients et certains médecins, notamment quand la maladie est diagnostiquée tardivement.  C’est le cas du Pr Christian Perronne, infectiologue à l’Hôpital Raymond-Poincaré (AP-HP). Il n’hésite pas à prescrire des traitements antibiotiques longs, même à des patients qui ont eu des tests sanguins négatifs car les tests de dépistage suscitent eux aussi la controverse. "J’ai beaucoup de collègues qui disent : « Moi, mes patients, je tes traite trois semaines et je les ai tous guéris ! ». Evidemment parce qu’après, ils refusent de les revoir en disant « vous êtes guéri !". "Les malades se tournent alors vers d’autres médecins", estime le Pr Christian Perronne. "Le psychisme peut jouer dans la modulation des symptômes mais Lyme n’est pas une maladie psychosomatique. C’est une maladie purement organique, bactérienne. Il faut donc la traiter suffisamment longtemps", ajoute-t-il.

Des traitements longs à risque pour la santé

À l’inverse, certains spécialistes soulignent les risques pour la santé. "Donner des antibiotiques de façon prolongée pour des symptômes dont on n’est absolument pas sûr qu’ils soient ceux de la  maladie de Lyme ou quelque chose d’apparenté, c’est parfaitement injustifié à mon sens. Il peut y avoir des effets indésirables, des allergies, des troubles digestifs. D’autre part, les antibiotiques modifient les flores de l’organisme et peuvent créer des résistances potentielles à un certain nombre de bactéries", affirme le Pr François Bricaire, infectiologue, à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière (AP-HP).

Chaque année, les morsures de tiques provoquent 27.000 nouveaux cas de maladie de Lyme en France. Un chiffre officiel qui fait lui aussi débat. Les associations de patients affirmant qu’il est largement sous-estimé.