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Covid-19 : les symptômes persistent chez 10 à 15% des patients

Grâce à son application de suivi des patients à domicile, le CHU de Rennes estime que 10 à 15% des patients du Covid-19 ressentent encore de la fatigue et des essoufflements six semaines après la contamination.

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Covid-19 : les symptômes persistent chez 10 à 15% des patients
Image d'illustration. Crédits Photo : © Shutterstock / Dmytro Zinkevych

Entre huit et 15 jours. C’est le temps que durent en moyenne les symptômes du Covid-19. Mais chez certains patients, ces symptômes persistent bien au-delà. Fatigue et essoufflements sont alors toujours présents un mois et demi après la contamination par le coronavirus. Et cette situation n’est pas rare, selon l'infectiologue Pierre Tattevin du CHU de Rennes, président de la Société de pathologie infectieuse de langue française (SPILF), qui estime que 10 à 15% des patients sont concernés.

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Des centaines de patients suivis à distance

Ces chiffres ont été obtenus grâce à l’application de suivi des patients à domicile, mise en place dès le début de l’épidémie au CHU de Rennes, MyCHURennes.

Cette application sur smartphone "nous a permis de prendre des nouvelles à distance, de plusieurs centaines de patients" raconte à l’AFP le professeur Tattevin. "Et effectivement, on s'est aperçu qu'à peu près 10 à 15% des patients continuent six semaines après, à déclarer deux symptômes essentiellement : la fatigue -y compris chez des gens très dynamiques et très actifs avant - et l'essoufflement pour des efforts que six mois avant ils auraient tolérés sans problème" détaille-t-il.

Pas de prédisposition, ni de forme grave

"C'est 10 à 15%, pas du tout une majorité. Mais c'est frappant parce que c'était des gens qui n'avaient pas de forme grave au départ" poursuit Pierre Tattevin.

D’autant que ces patients, le plus souvent des patients jeunes, ne présentaient pas de prédispositions particulières. "On sait pour d'autres maladies virales que certaines caractéristiques de patients font qu'ils risquent d'avoir des difficultés à s'en remettre" explique le spécialiste. Ce n’est pas le cas pour le Covid : "on a vu des gens qui étaient très actifs avant et qui ont plutôt bien traversé leur Covid, qui ont été malades une ou deux semaines comme tout le monde, qui ont même eu l'impression que ça allait guérir comme si c'était une grippe. Mais ils se rendent compte que finalement ça ne va pas si bien que ça."

Pas de "réapparition" du virus

Alors comment expliquer cette persistance des symptômes ? Les spécialistes commencent seulement à avoir le recul suffisant pour comprendre ce phénomène. "Cela fait plus d'un mois qu'on a commencé à voir ces formes persistantes, voire aggravées au deuxième mois" révèle le professeur Tattevin.

A défaut d’avoir une explication claire et certaine, les scientifiques peuvent déjà éliminer plusieurs pistes. "Ce n'est pas la réapparition du virus. Quasiment tous ceux qu'on a testés à nouveau étaient négatifs. Et puis ils n'ont pas de fièvre" commente l’infectiologue.

Autre scénario éliminé : celui de nouveaux épisodes d'embolie pulmonaire. "On s'est posé cette question parce qu'il a un sur-risque d'embolie pulmonaire à la phase aiguë du Covid. Ce n'est pas cela qui explique que les gens restent essoufflés un mois et demi plus tard."

Une "hyper-réactivité des bronches" en cause ?

L’hypothèse la plus probable est alors celle d'une "hyper-réactivité bronchique", qui "ressemble un peu à de l’asthme", selon le spécialiste. Le docteur Benjamin Davido, infectiologue à l'hôpital Raymond-Poincaré de Garches évoque quant à lui "une réaction de type inflammatoire de la machinerie du système immunitaire".

En somme, "ce n'est plus le Covid, c'est la résultante du Covid, c'est-à-dire que le système immunitaire se met en marche pour nettoyer ce virus et cela entraîne une grande fatigue", précise-t-il.

Plusieurs arguments soutiennent ces hypothèses : ces patients sont soulagés par les médicaments bronchodilatateurs utilisés pour soulager les crises d'asthme, leurs prises de sang ne présentent pas de signe d’inflammation, leurs scanners thoraciques sont normaux et leurs tests Covid sont le plus souvent négatifs.

Mais combien de temps cette prolongation va-t-elle encore durer ? "On a l'impression que c'est la queue de la maladie, que ça s'améliore et qu'ils ne vont pas rester malades toute leur vie" rassure Pierre Tattevin. "On a appris à être prudent avec ce virus, il nous a surpris plusieurs fois. Mais là, on n'a pas l'impression que ça va devenir chronique" avance-t-il enfin.

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