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Canada : le cannabis légal déjà en rupture de stock

Depuis le 17 octobre 2018, le cannabis est devenu légal au Canada. Quelle est la situation un mois après sa légalisation ? Le point avec Géraldine Zamansky, journaliste au Magazine de la santé.

Rédigé le , mis à jour le

"Canada : le cannabis légal déjà en rupture de stock", chronique de Géraldine Zamansky, journaliste, du 20 novembre 2018

Le 17 octobre, le Canada a été le premier pays industrialisé à rendre légal le cannabis récréatif. Depuis, plus besoin de craindre l'arrivée de la police pour consommer du cannabis chez soi et dans les lieux autorisés, pour en détenir 30 grammes dans son sac et 150 grammes chez soi, ou même en cultiver 4 plants à la maison.

A l'heure actuelle, les quelques données statistiques disponibles fournies par la police ne montrent pas d'explosion des arrestations ou même des contraventions depuis un mois.

Une prévention réalisée avant même la légalisation du cannabis

Ces premiers résultats rassurants sont le fruit des efforts de prévention importants réalisés par le ministère de la Santé canadien. Les autorités sanitaires avaient réalisé d'importantes campagnes d'information avant le 17 octobre.

Les jeunes sont au coeur des objectifs de cette loi, qui est en fait une loi de santé publique. Le Canada n'a pas prévu de devenir le paradis du joint. Il veut protéger sa population contre les dangers associés à son caractère illégal à commencer par les jeunes. Car le développement de leur cerveau n'est pas terminé et risque d'être altéré par la consommation précoce de cannabis.

En créant une vente légale réservée aux majeurs, le gouvernement canadien espère voir disparaître les circuits illicites. L'accès au cannabis pour les mineurs deviendrait beaucoup plus difficile, les adultes seraient aussi protégés des risques liés aux produits illégaux. Enfin, le système judiciaire ne serait plus encombré pas des affaires liées au cannabis.

Le Canada déjà en pénurie de cannabis

Les Canadiens sont de "trop bons" citoyens, avides de légalité... Ils se sont précipités vers les magasins et les sites officiels de vente de cannabis. Dans presque toutes les provinces, chacune avec sa propre organisation, les distributeurs prétendent ne pas avoir reçu les quantités qu'ils avaient commandées. Les producteurs mettent en avant des réglementations de dernière minute pour expliquer les défauts d'approvisionnement.


Au Québec, un mois plus tard, les points de vente officiels sont encore fermés trois jours par semaine ! Cette pénurie peut expliquer le fait que la consommation de cannabis est restée stable malgré la légalisation. Ceux qui n'ont pas pu s'approvisionner légalement sont retournés sur le "marché traditionnel".

Des patients qui avaient accès au cannabis légalement avant la réforme ont eu des difficultés à s'en procurer. Le gouvernement a pourtant maintenu le circuit de distribution du cannabis thérapeutique qui existe depuis 2001. Mais depuis le 17 octobre, de plus en plus de patients ne trouvent plus leur traitement auprès du fournisseur agréé auquel ils sont liés. On leur parle de ruptures de stock.

Le cannabis thérapeutique détourné vers le marché récréatif

L'hypothèse avancée par le Dr Vigano, un des pionniers de la prescription de cannabis au Canada, est le détournement des produits médicaux pour répondre à la forte demande du marché récréatif. Selon lui, les producteurs agréés ont abandonné les patients au profit du grand public.

Les producteurs autorisés à faire du cannabis thérapeutique sont maintenant plus intéressés à faire du cannabis pour un but récréatif parce qu'il y a plus de business. Les patients ne trouvent plus leur produit...

Les contrôles exigés pour le cannabis thérapeutique sont plus contraignants que pour le grand public. Il faut des taux précis de THC et de CBD, les deux grands composants actifs du cannabis. Il faut aussi prouver l'absence de pesticides et de contamination par des bactéries. Un point crucial pour des patients qui sont souvent sous chimiothérapie avec un système immunitaire plus fragile. La pénurie actuelle les met donc en danger.

Problèmes d'approvisionnement et marché noir

Officiellement, le ministère de la Santé qui a la charge de tout le dispositif se veut très rassurant. 300 personnes ont été recrutées pour accélérer les procédures d'autorisation de production et de vente. Mais plusieurs provinces se préparent officiellement à des mois d'approvisionnement partiel. Car une fois l'agrément obtenu pour cultiver le cannabis, il faut du temps pour faire la première récolte et passer tous les tests de qualité exigés. 
Un flou insupportable pour les associations de patients comme la CFAMM, Canadians for fair access to medical marijuana, qui demande au gouvernement de créer un système qui permette à chacun d'accéder à un vendeur agréé qui a leur médicament si leur vendeur officiel n'en n'a plus.

Le marché noir, lui, n'a pas disparu avec la légalisation. Et comme ses tarifs sont inférieurs au cannabis légal, plusieurs professionnels de santé sont très inquiets. C'est le cas du Dr Robert, de l'Association des médecins du Québec, qui a particulièrement peur pour les jeunes car ils ont moins d'argent et malheureusement, le risque semble réel actuellement. Avec le mélange des produits proposés sur ce marché, les jeunes ne seraient donc pas encore à l'abri du cannabis et des autres drogues.

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