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Maladies cardiovasculaires : activité physique ou médicaments ?

Pour prévenir la déclaration ou la récidive de certaines maladies cardiaques diagnostiquées, les programmes de réadaptation physique rivalisent-ils d'efficacité avec les traitements médicamenteux ? Le traitement des données scientifiques contenues dans 19 études et analyses d'études, réalisé par deux chercheurs anglais et américain, met en lumière les situations pour lesquelles ces différentes stratégies sont les plus pertinentes. Leur recherche a été publiée le 1er octobre 2013 dans le British Medical Journal.

Rédigé le

Entretien avec le Pr Gérard Helft, cardiologue au groupe hospitalier Pitié-Salpêtrière à Paris

Quelle est la meilleure stratégie pour lutter contre la déclaration ou la récidive des différentes maladies cardio-vasculaires ? Pour comparer les mérites respectifs de la réadaptation physique et des multiples traitements médicamenteux (en termes de mortalité), deux chercheurs ont recensé des données contenues dans la littérature médicale, relatives au suivi de 339.274 patients.

Réaliser une telle "méta-analyse" ne fut pas une mince affaire. Tout d'abord, les études relatives à la réadaptation cardiaque pertinentes pour ces travaux se sont avérées (sans trop de surprise) trois fois moins nombreuses que celles mesurant l'effet des médicaments. Surtout, les chercheurs ont le plus souvent été incapables de déterminer si les programmes de réadaptation excluaient ou non (le cas échéant, dans quelle proportion) un accompagnement médicamenteux.

En dépit de ces réserves, les chercheurs ont pu formuler certaines conclusions intéressantes. Selon eux, après une attaque vasculaire cérébrale, les traitements essentiellement centrés sur un programme de réadaptation cardiaque semblent (légèrement mais significativement) plus efficaces que les traitements médicamenteux.

De même, l'espérance de vie des patients ayant une maladie coronaire semble comparable pour les deux types de stratégie. Difficile cependant d’être catégorique à ce sujet : en effet, des recherches récentes montrent que les bénéfices de l’exercice sont réduits par l’utilisation de statines. L’absence d’information sur la proportion d’études combinant réadaptation et traitement oblige donc à la prudence.

Les diurétiques semblent en revanche sensiblement plus efficaces que l’exercice physique dans le traitement de l'insuffisance cardiaque.

A noter enfin que, selon les auteurs, aucune des deux stratégies ne présente d’intérêt notable pour réduire la mortalité des patients pré-diabétiques (c’est à dire présentant une forte probabilité de développer un diabète à court terme.

Prudence dans l'interprétation des résultats

Les deux auteurs restent cependant mesurés sur ces conclusions. Selon eux, l'hétérogénéité des groupes composant les différentes études (personnes plus ou moins âgées, ayant des symptômes plus ou moins graves, etc.) oblige le lecteur à beaucoup de prudence dans l’interprétation des résultats. Les chercheurs notent également que les programmes de réadaptation ne peuvent être proposés qu’à des personnes en bonne condition physique générale. Ce simple fait pourrait d’ailleurs partiellement biaiser certains de leurs résultats.

Les chercheurs opposent enfin la variété des programmes de réadaptation physique (qui n’intègrent pas tous les mêmes séries d’exercices, qui peuvent être accompagnés ou non, individuellement ou en groupe, etc.) à la relative stabilité des traitements médicamenteux. Certains protocoles d’exercices physiques sont probablement préférables à d’autres dans le traitement des différentes pathologies.

Malgré toutes ces précautions utiles, les chercheurs estiment que les laboratoires pharmaceutiques devraient désormais évaluer l’efficacité et les bénéfices de leurs nouvelles molécules non plus seulement en comparaison avec les traitements existants, mais également avec différents protocoles de réadaptation physique.

Dans les cas où les médicaments présenteraient des effets secondaires importants ou n’offriraient qu’un bénéfice modeste, certains patients pourraient avoir intérêt à privilégier la seconde voie de traitement.

Source : Comparative effectiveness of exercise and drug interventions on mortality outcomes: metaepidemiological study H. Naci, J. Ioannidis, BMJ 2013; 347 doi:10.1136/bmj.f5577

 

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