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Alcool et épilepsie : une relation explosive

L'alcool et l'épilepsie entretiennent des relations dangereuses. Comment et pourquoi l'alcoolisme, à différents niveaux d'intensité, peut-il causer des crises d'épilepsie ? Quelles conséquences a l'alcool sur des personnes déjà épileptiques ?

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Alcool et épilepsie : une relation explosive
Alcool et épilepsie : une relation explosive

Les effets possibles d'une intoxication alcoolique aiguë ou chronique

Après la forme de l'ivresse simple (jovialité, vertiges) puis pathologique (délire, amnésie lacunaire) vient le risque de l'ivresse convulsivante : c'est la crise d'épilepsie généralisée. Ces complications dues à une intoxication alcoolique aiguë sont indépendantes les unes des autres. La plus grave étant le coma éthylique qui engage le pronostic vital où il faut immédiatement appeler les secours. 

La crise épileptique se déclenche avec un fonctionnement anormal de certains neurones : ceux-ci sont hyperexcitables et synchronisent anormalement leur activité, ce qui provoque une décharge électrique excessive dans les réseaux neuronaux connectés. C'est une sorte de court-circuit neuronal.

Le seuil épileptogène est la limite au-delà de laquelle chacun peut déclencher une crise d'épilepsie. Les épileptiques présentent la particularité d'avoir un seuil épileptogène plus bas que la normale.

L'épileptogénécité correspond au franchissement du seuil épileptogène.

"L'alcool entraîne des variations métaboliques importantes en augmentant l'épileptogénécité", indique l'épileptologue Aurélie Richard Mornas et rappelle "qu'il n'y a pas que l'alcool qui a ces effets ; le cannabis et les drogues dures abaissent aussi le seuil épileptogène. Beaucoup de jeunes entre 20 et 30 ans font des crises d'épilepsie après une fête trop arrosée, ce sont des alcooliques ponctuels, des personnes qui boivent de façon excessive mais occasionnellement."

Lors d'un sevrage alcoolique chez des personnes dépendantes, la crise d'épilepsie rappelle au corps qu'il est en état de manque. La crise peut survenir dans les 6 à 12 heures du sevrage. Il s'agit d'une crise généralisée tonico-clonique qui survient surtout chez un patient jeune. Il n'y a pas d'indication à un traitement antiépileptique, mais on peut utiliser ponctuellement des benzodiazépines* qui seront utiles pour diminuer les effets de sevrage.

Les alcooliques sont des patients très difficiles à prendre en charge et qu'il faut envoyer chez des addictologues. La survenue de crise peut être l'occasion d'une prise de conscience, bien que ce soit rarissime : ces patients sont le plus souvent dans le déni et ils répètent par la suite les mêmes comportements alcooliques.

Les patients alcooliques doivent avant tout être traités pour leur alcoolisme

La neurologue Aurélie Richard Mornas confie "qu'il n'est pas souhaitable d'établir un traitement épileptique chez ce genre de patients car cela entraînerait un autre effet indésirable : le sevrage au traitement." En effet, les patients alcooliques risquent de mal prendre leur traitement, soit de le prendre de façon irrégulière ou encore de l'interrompre. Dans ces cas là, le sevrage au traitement peut provoquer la répétition des crises. "La seule chose à faire c'est d'arrêter de boire", conclut-elle.

L'alcoolisme chronique sévère à lui seul peut être la cause d'une épilepsie tardive après des années d'intoxication et peut même se manifester après le sevrage. Elle est alors définie comme épilepsie contextuelle (provoquée uniquement par un phénomène extérieur). Avant de déterminer qu'une épilepsie est uniquement due à l'alcool, on prend soin d'examiner et d'éliminer toutes les autres causes éventuelles (épilepsie génétique ou lésion cérébrale).

L'alcoolisme sévère peut provoquer à terme une lésion voire une atrophie cérébrale et donc multiplier les risque de faire des crises d'épilepsie généralisées tonico-cloniques ou "Grand mal" : lorsque la décharge électrique se produit dans tout le cerveau et que le corps convulse entièrement. Il y a tout d'abord une phase tonique avec raidissement du corps et perte de conscience, puis une phase clonique avec des convulsions et enfin une phase de récupération où la personne reprend connaissance.

Lorsque la crise d'épilepsie dépasse les 5 minutes ou que plusieurs crises s'enchaînent et que la personne ne reprend pas connaissance, le patient atteint l'état de mal épileptique. L'hyperexcitabilité neuronale que l'alcool produit dans le cortex cérébral n'est visible qu'avec un EEG qui va permette de déceler les manifestations infracliniques. "Pour casser l'état de mal, il faut obligatoirement administrer un traitement avec des antiépileptiques sur une longue durée", explique A. Richard Mornas. Après plusieurs mois ou plusieurs années sans nouvelles crises et sans abus d'alcool, il y a une possibilité d'arrêter le traitement.

Comment peut-on consommer de l'alcool quand on est déjà épileptique ?

La prise d'alcool conjuguée à l'omission des médicaments antiépileptiques ainsi qu' au manque de sommeil sont des facteurs déclencheurs de crises d'épilepsie. L'alcool peut aussi modifier le taux sanguin de certains médicaments : l'élimination de certaines substances peut être accélérée et ainsi diminuer l'effet thérapeutique.

Il est donc important lorsqu'on est épileptique de consommer modérément de l'alcool et de s'assurer de ne pas oublier ses médicaments ainsi que de dormir suffisamment. Il faut être d'autant plus vigilant lors de changement de médicament ou de dosage car cela peut modifier la tolérance à l'alcool.

Si le simple fait de boire occasionnellement ou même en quantité minime provoque des crises, il faudra probablement cesser de boire totalement et demander des conseils à son neurologue.

Cependant, dans le cadre d'une épilepsie bien maîtrisée, une consommation modérée d'alcool n'aura pas d'incidence sur la fréquence des crises.

*Les benzodiazépines sont des molécules aux propriétés anxiolytiques, hypnotiques, myorelaxantes, anticonvulsivantes et sédatives.

Entretien avec Aurélie Richard Mornas, épileptologue (neurologue spécialisé dans l'épilepsie).