On vous explique pourquoi les hospitalisations en réanimation continuent d'augmenter

Les chiffres de réanimation augmentent depuis deux mois, alors que les hospitalisations semblent stables et que l’incidence n’augmente pas autant. La virulence des variants et la vaccination en Ehpad expliqueraient ces phénomènes.

La rédaction d'Allo Docteurs
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Rédigé le , mis à jour le
On vous explique pourquoi les hospitalisations en réanimation continuent d'augmenter
Crédits Photo : © Shutterstock / Fotosr52

Depuis le mois de janvier, le nombre de patients en réanimation est en constante augmentation. Mais comparée aux autres courbes, celle des réanimations interroge, soulignait le ministre de la Santé Olivier Véran lors de sa conférence de presse du 11 mars 2021.

"La courbe des incidences (en bleu ci-dessous, ndlr) était, jusqu’ici, parallèle à celle des entrées en réanimation (en rouge ci-dessous, ndlr) avec un décalage de dix jours" a-t-il rappelé. Or aujourd’hui, comme depuis deux mois, "on observe une augmentation des formes graves sans qu’il n’y ait d’explication scientifique à cela. »


Source : Ministère de la Santé.

Les variants responsables des formes graves

Pour Pascal Crépey, enseignant-chercheur en épidémiologie et biostatistiques à l'École des hautes études en santé publique (EHESP) de Rennes, "une sévérité potentiellement plus importante du variant anglais" pourrait expliquer ce phénomène.

Ainsi, "les personnes testées positives au covid auraient un risque plus élevé d’aller en réanimation, et la croissance de la courbe des réanimations serait donc plus importante", détaille-t-il.

Une piste que confirment les premières études publiées sur la virulence et la létalité du variant anglais, et qu’Olivier Véran évoquait aussi en suggérant que "les variants seraient responsables de ces formes graves".

Car ces variants "sont désormais devenus la norme". A lui seul, le variant britannique représente en effet 67% des cas positifs. Et comme ils sont plus contagieux, les variants provoquent "une situation épidémiologiste tendue".

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Des hospitalisations stables grâce à la vaccination

Autre fait étonnant : alors que les hospitalisations semblent globalement stables (en orange ci-dessous), le nombre de personnes en réanimation (en rouge ci-dessous), lui, augmente au cours de la dernière semaine.


Source : Covidtracker.fr

Ici, c’est la vaccination qui pourrait jouer un rôle. En effet, "les personnes âgées dans les Ehpad ont été vaccinées massivement" rappelle Pascal Crépey. "Or elles allaient peu en réanimation mais étaient potentiellement hospitalisées" poursuit-il.

Comme elles sont vaccinées, elles sont moins malades : "on a donc moins d’hospitalisation mais pas moins de réanimation" décrit le spécialiste. Autrement dit, cette discordance s’expliquerait par l’impact différencié qu’aurait la vaccination sur les hospitalisations et les admissions en réanimation.

Pas de surinterprétation

Mais attention, ces interprétations sont à prendre avec précaution. Car "la lecture de l’épidémie est actuellement particulièrement complexe" note Pascal Crépey. Et ce à cause de plusieurs facteurs : "le couvre-feu à 18 heures, les vacances scolaires et la progression du variant anglais" notamment, qui "troublent la dynamique".

Autre biais à garder à l’esprit : la courbe des incidences est très impactée par la dynamique des tests. Et, ces dernières semaines, "beaucoup de départements ont vu leur nombre de tests baisser pendant les vacances scolaires" observe Pascal Crépey. Qui dit moins de tests dit une incidence en baisse ou stagnante.

"C’est pourquoi le contexte doit toujours être pris en compte pour ne pas surinterpréter les courbes" martèle le chercheur. Et seules les données à plus long terme permettront de mieux comprendre la dynamique des différents indicateurs de l’épidémie.