Faut-il recommander la e-cigarette aux adolescents ?

Si elles peuvent s'avérer utiles pour arrêter de fumer, les cigarettes électroniques ne sont pas à conseiller à tous les adolescents. Les jeunes non-fumeurs sont de plus en plus nombreux à vapoter avant même d'avoir fumer leur première cigarette. Dans ce cas, elle peut alors devenir une porte d'entrée vers le tabagisme classique, en créant une dépendance à la nicotine.

La rédaction d'AlloDocteurs
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Rédigé le , mis à jour le

"Les cigarettes électroniques sont très prometteuses comme outil pour aider les fumeurs qui ne parviennent pas à cesser de fumer", a déclaré le 13 février Wilson Compton, directeur adjoint de l'Institut national américain d'abus de drogues. Mais, "si des adolescents qui n'ont jamais fumé de tabac se mettent à utiliser des cigarettes électroniques, cela est profondément préoccupant car ils s'exposent délibérément à la nicotine, une substance provoquant une puissante accoutumance" a souligné Roy Harrison, professeur de santé environnementale à l'Université de Birmingham, à la conférence de l'American Association for the Advancement of Science (AAAS). La présentation réunissait des responsables sanitaires, notamment britanniques et américains, à propos des méfaits du tabac.

Cette inquiétude sur l'utilisation de la cigarette électronique chez les jeunes est partagée par Wilson Compton qui rappelle qu'une récente enquête aux Etats-Unis, portant sur plus de 40.000 lycéens, montrait que 8,7% des jeunes de 14 ans avaient fumé des cigarettes électroniques le mois précédent. La proportion atteignait 16,2% et 17,1% chez les 16 et 18 ans respectivement. En comparaison 4% des 14 ans, 7% des 16 ans et 14% parmi les 18 ans, avaient fumé du tabac classique.

La e-cigarette, une voie d'entrée vers le tabagisme ?

"C'est inquiétant car cela pourrait être la seule et nouvelle façon de goûter à la nicotine ouvrant la voie à une accoutumance et au tabagisme", a confié Wilson Compton. L'été dernier, un rapport des Centres américains de contrôle et de prévention des maladies (CDC) indiquait que l'usage de la cigarette électronique chez les jeunes non-fumeurs a triplé de 2011 à 2013. "Non seulement la nicotine est très addictive, mais elle peut toucher le développement du cerveau chez l'adolescent", mettait alors en garde les CDC.

L'Agence américaine des médicament (FDA) a proposé en avril 2014 de réglementer les cigarettes électroniques en interdisant notamment leur vente aux mineurs et en imposant aux fabricants une autorisation de mise sur le marché. Il s'agit du premier cadre réglementaire sur ces cigarettes aux États-Unis, où ce marché pèse près de deux milliards de dollars.

La cigarette électronique, une bonne méthode pour arrêter

Pour Deborah Arnott, à la tête d'"Action on Smoking and Health (Ash)", une organisation anti-tabac britannique, "la nicotine peut effectivement être néfaste pour le cerveau des adolescents et il est préférable qu'ils évitent les cigarettes électroniques". Mais, "si les adolescents veulent vraiment essayer de fumer il vaut mieux qu'ils utilisent des cigarettes électroniques beaucoup moins dangereuses et moins addictives que le tabac" a-t-elle ajouté le 13 février devant l'AAAS.

"Jusqu'à présent au Royaume Uni et aux Etats-Unis les taux de tabagisme diminuent plus vite que l'usage des cigarettes électroniques ce qui ne serait pas le cas si ces dernières étaient vraiment une incitation à fumer du tabac", a-t-elle conclu. Malgré les réserves faites à l'égard de sa consommation chez les jeunes non-fumeurs, l'ensemble des spécialistes ont tout de même tenu à rappeler son utilité dans la réduction, voire l'arrêt définitif du tabac. "Il y a probablement des bienfaits de santé publique des cigarettes électroniques si elles offrent un moyen aux fumeurs de ne plus consommer de tabac", a souligné Wilson Compton. "Et il y a des indications que cela est le cas", a-t-il ajouté rappelant qu'il était évident que la cigarette électronique était moins nocive pour le fumeur.

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