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Chine : fin de l'enfant unique

La fin de la politique de l'enfant unique en Chine est entrée en vigueur jeudi 29 octobre 2015. Cette politique avait été mise en place en 1979 par Deng Xiaoping afin de contrôler le boom démographique dans lequel se trouvait la Chine à cette époque. Les explications avec Hejer Tliha.

Rédigé le , mis à jour le

Chine : fin de l'enfant unique

La fin de la politique de l'enfant unique marque la fin de 36 ans d'une politique intrusive. Cette décision avait déjà été amorcée en 2013 avec un premier assouplissement de cette politique nataliste. Et ce premier assouplissement permettait aux Chinois d'avoir deux enfants si l'un des deux parents était lui-même enfant unique. Les minorités ethniques ou les couples ruraux dont le premier enfant était une fille n'avaient également pas obligation de se soumettre à cette loi.

L'organisation de la politique de l'enfant unique

La politique de l'enfant unique était d'abord organisée avec une bonne propagande, où l'enfant unique était mis en avant. Cette politique était bien huilée avec pour organe central : le planning familial. Le planning familial a joué un rôle important dans cette politique avec des contrôles des naissances, de la contraception, des échographies et examens gynécologiques imposés pour vérifier que les femmes n'étaient pas enceintes.

Le planning familial a mené sa mission d'intrusion jusqu'au bout. Avec notamment des stérilisations obligatoires de femmes qui avaient déjà un premier enfant et des avortements forcés. Par exemple, une jeune Chinoise a été contrainte et forcée d'avorter à sept mois de grossesse. Son histoire avait été médiatisée. Elle avait d'ailleurs posé avec son foetus mort pour dénoncer la brutalité de cette politique.

336 millions d'avortements en 36 ans

En Chine, en 36 ans, il y a eu 336 millions d'avortements, soit 23.000 avortements par jour. Et les femmes, les couples qui décidaient de garder ce deuxième enfant interdit, risquaient une grosse amende pouvant aller jusqu'à 330.000 yuans, soit près de 40.000 euros. Et cela pouvait aller encore plus loin puisque plus vous aviez des enfants, plus l'amende grossissait. L'amende dépendait aussi de vos revenus et des provinces.

Et si les couples ne payaient pas cette somme, leur enfant devenait tout simplement clandestin dans son propre pays parce qu'il ne pouvait obtenir le fameux "Hukou". Le hukou est un livret de résidence, un sésame pour avoir accès à l'école, voyager ou encore pouvoir se marier. Aujourd'hui, ils sont 13 millions d'enfants à être dans ce cas, sans identité, coupés du monde et élevés en marge de la société.

Les effets pervers de la politique de l'enfant unique

Certaines femmes sont même allées jusqu'à accoucher à Hong Kong pour échapper à la politique de l'enfant unique. Car même si l'ancienne colonie britannique a été rattachée à la Chine, elle n'applique pas la politique de l'enfant unique.

L'autre effet pervers de la politique de l'enfant unique s'observe d'un point de vue démographique. 36 ans de politique d'enfant unique dans une société patriarcale qui fait du garçon l'héritier du bien créent des dégâts. Comme dans beaucoup de pays notamment en Inde, avoir une fille est synonyme de dot, de coût. C'est la raison pour laquelle de nombreuses filles ont été sacrifiées, jetées dans les rivières.

Un manque de filles en Chine

Et aujourd'hui, cela pose un véritable problème parce qu'on manque de filles en Chine. Selon les statistiques d'ici dix ans, ce sont 20 millions d'hommes supplémentaires qui ne trouveront pas de femmes pour fonder une famille. D'ailleurs, aujourd'hui la volonté du PC chinois est de "réhabiliter" les filles.

Des campagnes ont été mises en place. Le gouvernement va plus loin puisqu'il offre même des appartements aux familles qui ont décidé de garder les bébés filles. C'est d'ailleurs pour cette raison que cette décision d'arrêt de la politique de l'enfant unique s'inscrit, non pas dans un élan démocratique, de volonté de donner plus de liberté aux femmes, mais bien dans une logique démographique pour contrecarrer le vieillissement de la population et économique.

Les couples chinois vont-ils avoir plus d'enfants ?

Les incitations telles que l'offre d'appartement ne va pas forcément suffire à convaincre les couples parce que cette politique est déjà bien ancrée dans la mentalité et surtout, élever un deuxième enfant, un troisième enfant, coûte cher en Chine.

Le gouvernement chinois va donc devoir redoubler d'imagination et mettre la main à la poche pour booster sa courbe démographique.