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Quand la musique influence notre humeur...

Quand les neurosciences s'intéressent à la culture populaire, cela donne une formule censée évaluer la capacité d'une chanson à nous rendre heureux. Le Dr Jacob Jolij, un chercheur en neurosciences cognitives de l'université de Groningen (Pays-Bas) vient ainsi de la mettre au point. Selon lui, trois critères permettent de produire le "Feel good index" (la mesure du bonheur). Les explications avec Jean-Marie Leau, auteur-compositeur.

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Quand la musique influence notre humeur...

Les données qui ont permis au Dr Jacob Jolij de réaliser cette mesure sont les suivantes :

  • le tempo qui doit être de 150 battements par minute (BPM),
  • des paroles positives (L)
  • l'utilisation de notes en gamme majeure (K)

À partir de cette équation, Jacob Jolij a établi un classement des titres populaires qui ont trusté les hit-parades et qui répondent à ces critères précis. Au top 10 des titres qui sont censés donner la pêche, on trouve Don't Stop Me Now (Queen), Dancing Queen (Abba), Good Vibrations (The Beach Boys), Uptown Girl (Billie Joel) ou encore I Will Survive (Gloria Gaynor). Pour la décennie 2010, Happy de Pharrell Williams fait pour le moment la course en tête.

Les incohérences de l'équation du Dr Jacob Jolij

À y regarder de plus près, il y a quelques incohérences dans ce classement. Par exemple, la chanson I will survive de Gloria Gaynor nous rappelle à tous la victoire des Français à la Coupe du monde 98 et l'ambiance de liesse qui y fut associée. Pourtant, cette chanson est en mode mineur, et si son refrain est positif, ce qu'elle explique avant tout est dramatique.

Cette formule fait l'impasse sur le souvenir et sur l'émotion associés à des chansons et qui peuvent nous rendre ivres de bonheur à l'écoute de Mon Vieux de Daniel Guichard, Mourir d'aimer de Charles Aznavour ou Bloody Sunday de U2.

Des recherches montrent qu'une musique triste et belle peut avoir un rôle cathartique et apaisant lorsque nous avons le blues. Une chanson cependant a eu par le passé la triste réputation de pousser les gens au désespoir. Le phénomène fut tel qu'elle fut interdite de diffusion dans certaines stations de radio dans le monde.

"Sombre dimanche", une chanson qui pousse au suicide

Cette mélodie d'origine hongroise Szomorû Vasarnap, plus connue sous le nom de Gloomy Sunday ou Sombre Dimanche, est née en décembre 1932. Un jour de décembre 1932, son auteur, Reszo Seress se dispute violemment avec son épouse qui quitte le domicile. Il s'assied devant son piano et compose "Quel sombre dimanche". À peine la chanson diffusée sur les ondes, des événements étranges sont venus assombrir le succès tant attendu. La liste est impressionnante.

Au cours d'une soirée à Berlin, un jeune homme a demandé à l'orchestre de jouer "Sombre dimanche". Rentré chez lui, il a déclaré ne pas pouvoir se sortir cette mélodie de la tête avant de se tirer une balle dans la cervelle. Une semaine plus tard, toujours à Berlin, la police retrouve la partition de "Sombre dimanche" auprès d'une jeune femme qui s'était pendue. On recense aussi un suicide au gaz à New York d'une jeune femme, un homme de 82 ans qui a joué la chanson au piano avant de sauter du septième étage. Enfin, à Rome, un adolescent a écouté "Sombre dimanche" avant de sauter d'un pont.

La presse n'a pas tardé à répandre le bruit que toutes ces morts mystérieuses étaient dues à "Sombre dimanche". Etrangement, la chanson est devenue de plus en plus populaire. Pour couronner le tout, la police a appris à Seress que son ex-épouse s'était empoisonnée et que les partitions de "Sombre dimanche" avaient été trouvées près d'elle.

En 1941, la BBC a pris la décision d'interdire la diffusion sur les ondes britanniques, comme l'avaient fait les radios hongroises. À cette époque, on attribue pas moins de vingt cas de morts mystérieuses à "Sombre dimanche". Durant la guerre, Reszo Seress fut envoyé aux camps forcés en Ukraine. Il survécut, et de retour, retomba dans l'anonymat, son seul succès fut "Sombre dimanche". En 1968, il se jeta de la fenêtre de son appartement à Budapest. Il survécut mais parvient à se supprimer en s'étranglant dans sa chambre d'hôpital.

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