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Il était une fois... le sexe !

Près de 95% des espèces animales se reproduisent par le biais de la sexualité. Pourtant le sexe n'est pas la méthode la plus efficace sur un plan évolutif. Sur Terre, on transmet la vie en transmettant ses gènes, et pour l'évolution la meilleure méthode est celle qui permet de transmettre le maximum de gènes. Or, la reproduction sexuée ne permet de transmettre que 50% de ses gènes (moitié papa, moitié maman). Alors à quoi sert la sexualité ? Sert-elle vraiment à se reproduire ? Les explications avec Farah Kesri, vétérinaire éthologue.

Rédigé le , mis à jour le

Il était une fois... le sexe !

La reproduction sexuée ne permet de transmettre que 50% de ses gènes. Il y a trop de gaspillage de gamètes, on produit trop d'ovocytes, trop de spermatozoïdes, pour qu'au final quelques élus parviennent à former un ou plusieurs embryons. Chez les porcs par exemple, un mâle doit débourser six milliards de spermatozoïdes par éjaculat, pour que la femelle puisse avoir une douzaine de petits, deux fois par an.

Trop de gaspillage de gamètes chez les humains

Chez les humains, on gaspille aussi beaucoup de gamètes. Cela est en plus ruineux en énergie puisque pour la plupart des espèces, il faut être le meilleur, souvent se battre, trouver un partenaire, le convaincre, réussir son accouplement, sans garantie de succès. On n'est pas sûr d'être le père et de transmettre ses gènes. Et si ça marche, il faut aussi dépenser de l'énergie pour élever les petits.

Pour la reproduction, le sexe est beaucoup trop cher, mieux vaut se cloner. Cela est plus pratique, efficace et moins coûteux. Pourtant seulement, 5% des espèces se reproduisent par parthénogenèse comme le lézard fouette-queue, il n'y a pas de fécondation entre un spermatozoïde et un ovule. C'est l'ADN de la femelle qui est cloné pour donner des embryons.

Pourquoi le clonage n'a-t-il pas été favorisé ?

Il faut remonter le cours du temps jusqu'à l'origine de la sexualité. Quand les premières cellules primitives sont apparues sur terre, il y a 2,8 milliards d'années, il n'y avait alors que des bulles de vie, c'est-à-dire des cellules tellement simples qu'elles ne contenaient qu'un bout d'ADN entouré d'une membrane. L'atmosphère était hostile et pour se protéger, certaines bulles ont développé une capsule les isolant les unes des autres. Elles ont donné naissance aux bactéries. D'autres bulles sont tombées dans des crevasses et n'ont pas eu besoin de s'encapsuler. Elles ressemblaient à des organismes unicellulaires. Elles étaient en contact les unes avec les autres, chacune incorporant l'ADN de l'autre, la promiscuité les obligeait à fusionner. On les a d'ailleurs surnommées les bulles libertines, en raison de leurs nombreuses relations fusionnelles.

À un moment donné, ces bulles ont été un peu trop libertines et elles ont incorporé trop d'ADN, et cela n'est pas bon. Pour rester en vie, ces bulles ont commencé à échanger des gènes pour se renouveler, c'est le début de la division cellulaire. Elles ont pu se différencier, certaines en spermatozoïdes et en ovules. C'est le début de la sexualité à l'échelle cellulaire et cela a permis de donner naissance à des organismes formés de milliard de cellules que sont les espèces animales.

Notre sexualité découle-t-elle des bulles libertines ?

Notre sexualité découle des bulles libertines, puisque les autres bulles qui avaient une capsule ont été incapables de former des organismes pluricellulaires, mais seulement des bactéries. On provient bien de ces bulles libertines. Ce qui est intéressant, avec cette théorie, c'est que le vivant s'est finalement bâti sur ce contact au départ un peu obligatoire. Cela a abouti à la sexualité cellulaire, la reproduction n'est qu'une conséquence. L'évolution l'a maintenu n'ont pas parce qu'il s'agissait de la meilleure méthode pour transmettre ses gènes, mais plutôt parce qu'il s'agissait de la meilleure méthode pour avoir une diversité de vie.

Le clonage ne permet pas de réparer l'ADN quand il est altéré, ni de le renouveler et encore moins d'avoir une variabilité d'espèces puisque ce ne sont que des copies. Au final, l'évolution a maintenu le contact entre individus différents parce que le moteur de la vie n'est pas de transmettre les gènes mais la nécessité d'établir des relations et de les maintenir dans le temps. Le besoin de l'autre, c'est peut-être ce que nous avons hérité de cette sexualité animale.

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