L'axolotl, petit amphibien mexicain, peut passer toute son existence à l'état larvaire. Il possède également la capacité de régénérer ses organes lorsque ceux-ci sont endommagés ou détruits...
L'axolotl, petit amphibien mexicain, peut passer toute son existence à l'état larvaire. Il possède également la capacité de régénérer ses organes lorsque ceux-ci sont endommagés ou détruits...

Le secret de la régénération des tissus biologiques dévoilé ?

Chez l'immense majorité des espèces, l'aptitude de l'organisme à se réparer lui-même décroit tout au long de l'existence. Observant que que les larves et embryons réparent sans mal leurs lésions, des biologistes étasuniens ont suspecté qu'une protéine, fortement secrétée aux premiers stades du développement, pourrait jouer un rôle clef dans ce processus. En forçant des souris adultes à produire cette protéine en grande quantité, les chercheurs sont parvenus à rétablir pleinement ce "pouvoir de guérison". Le compte-rendu de leurs travaux a été publié, le 7 novembre 2013, dans la revue Cell.

Florian Gouthière
Rédigé le

Que ce soit chez la mouche, la souris ou l’homme, la capacité des différents tissus biologiques à se régénérer est maximale aux premiers stades du développement, et décroit tout au long de la vie. Il n’y a guère que le très étrange axolotl (qui reste perpétuellement à l’état "larvaire") et quelques insectes (les zygentomes) à pouvoir maintenir cette précieuse aptitude jusqu’à la fin de leurs jours !

Une super protéine

Selon des chercheurs de Boston, une protéine massivement secrétée par l’organisme chez la larve et l’embryon, et dont le taux ne cesse de décroître après la naissance, pourrait être la clef de tout le processus de régénération.

Tout juste connue pour empêcher la transcription de certaines séquences d’ADN, cette protéine - qui porte le doux nom de Lin28a - n’avait jamais beaucoup attiré l’attention des scientifiques. Par acquit de conscience, les biologistes étasuniens ont voulu observer si le fait de réactiver la sécrétion de Lin28a par l’organisme de souris adultes influait en tout ou partie sur la guérison de différentes lésions.

Au terme de très nombreuses expériences, le constat des chercheurs fut sans appel : chez la souris, la réactivation du gène codant pour Lin28a favorise de façon stupéfiante la guérison d’une gamme très étendue de lésions. La vitesse et l’étendue de la régénération du cartilage, des os ou des tissus de soutien des organes apparaît augmentée de près de 50% chez ces souris ! (1)

Faire repousser des doigts ?

Des jeunes souris dont les doigts avaient été amputés d’une phalange ont vu même celles-ci… repousser. "Il est important de noter que cette régénération des doigts, ou la régénération cardiaque, n'a pas pu être observée chez les souris adultes", observent les chercheurs. Ceci démontre que plusieurs autres facteurs liés à l'âge ont une influence sur la façon dont Lin28a interagit avec l'organisme... mais aussi qu'une cure de Lin28a ne vous changera jamais en axololtl humain !

Les biologistes de Boston s'attèlent désormais à identifer les mécanismes précis par lesquels la protéine agit sur le développement cellulaire et la réparation tissulaire. Ils encouragent parrallèlement leurs confrères à développer sans tarder des tests cliniques permettant d'évaluer le potentiel de Lin28a dans le traitement de diverses maladies dégénératives. 

(1) Il s'agit du numéro de Cell dont vous nous parlions ici.
(2) Lin28a stimule même les follicules pileux, provoquant une repousse accélérée des poils…
 

Source : Lin28 Enhances Tissue Repair by Reprogramming Cellular Metabolism. N. Shyh-Chang, et coll. Cell, nov 2012. doi:10.1016/j.cell.2013.09.059

 

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