Greffes de rein : les inégalités régionales pointées du doigt

Greffes de rein : les inégalités régionales pointées du doigt

Le Parisien publie ce matin une enquête reprenant les chiffres du rapport annuel 2011 de l'Agence de la biomédecine sur les greffes de rein. Le quotidien attire l'attention du public sur le fait que, d'une région à l'autre, le temps d'attente moyen pour l'obtention d'une greffe varie du simple au quadruple, de 9 à 37 mois.

Florian Gouthière
Rédigé le
Greffe de rein
Greffe de rein

Le système d'attribution semble a priori très rationnel : un rein sur deux prélevés à la suite d'un décès est greffé dans l'établissement où s'est effectué le prélèvement. Le second est destiné à être transplanté dans la région.

Cependant, la proportion de patients en attente de greffe et celle des donneurs potentiels varie fortement d'une région à l'autre. D'où de très grandes inégalités en terme d'attente.

Selon les données de l'Agence de la biomédecine, près de 13% des patients français en attente de greffe se seraient inscrits hors de leur région pour contourner le problème.

"Ce problème est archi connu parmi les transplanteurs, et archi débattu au sein de l'Agence de la biomédecine", nous confie le Pr Arnaud Méjean, chirurgien urologue à l'hôpital Necker à Paris.

"La question de l'attribution des greffons est très polémique, et politiquement très sensible à de nombreux titres", poursuit-il. Considérant la densité de population de l'Île-de-France, rompre avec le système d'attribution locale des reins "signifierait que la province alimenterait Paris en organes !" souligne le chirurgien, qui note que la capitale a également des besoins spécifiques. "A titre d'exemple, la région parisienne possède une forte densité de population d'origine africaine, majoritairement du groupe B, rare à l'échelle nationale."

Selon le Pr Méjean, le problème possède également une très forte dimension économique. "Les chirurgiens spécialistes qui font souvent des centaines de kilomètres pour réaliser des prélèvements d'organes sont très mal rémunérés", explique-il. "Il faut de leur part un très grand investissement personnel. Savoir que les greffons vont bénéficier à des patients appartenant [à leur centre] contribue très certainement de la motivation de ces chirurgiens, à leur investissement dans un travail peu valorisé. Tant qu'il n'y aura pas une politique de rémunération qui soit plus incitative, et donc plus mobilisatrice, la situation a peu de chances d'évoluer."

Les avantages du rein local

"Il n’y a aucune certitude sur le fait qu’un système national soit meilleur et permette de lutter contre la pénurie", commente Romain Bonfillon, l’un des portes paroles de la Fédération Nationale d'Aide aux Insuffisants Rénaux (FNAIR). Il fait également le double constat des crainte liées à "l’asséchement des régions par les grands centres de transplantation" et à la démotivation des chirurgiens. "Par ailleurs, il y a la question de la durée entre le prélèvement du rein et la greffe (la durée d’ischémie froide), qui doit être la plus courte possible. De ce point de vue là, le "rein local" mis en place en janvier 2007 est une très bonne chose. Voilà pourquoi nous sommes très prudent sur cette question."

Pour la FNAIR, l’article du Parisien n’insiste pas assez sur "la véritable urgence, qui est celle de la très mauvaise information des dialysés quant aux possibilités de greffe et à la nécessité de s'inscrire sur les listes d'attente".  Sur 38.000 patients français en dialyse, un peu moins du tiers sont inscris sur de ces listes. "Comme l’évoque le Parisien, en Norvège, ce taux est de 70% !"

"Nous pensons qu’il faut systématiser les bilans pré-greffe (préalables à l’inscription sur les listes)," poursuit Romain Bonfillon. "Par ailleurs, nous avons demandé au ministère de la Santé que soit diligenté une grande enquête auprès de tous les opérateurs de santé, publics comme privés, sur le délai d’inscription des patients dialysés. Une telle enquête doit être rendue publique, pour mettre les établissements face à leurs responsabilités."

Pour le professeur Méjean, une solution très concrète au problème des greffes existe : "Il faut qu'il y ait une prise de conscience beaucoup plus importante de la part des citoyens français, du fait qu'ils peuvent aider leurs proches. Il faut augmenter le nombre de dons à partir de donneurs vivants. Aujourd'hui, la loi le permet ! Elle a récemment étendu le don au conjoint, aux amis... Le taux de greffes à partir de donneurs vivants n'est que de 11,7% en France, contre 50% aux Etats-Unis. Le vrai problème - ou la vraie solution - se situe certainement ici."

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En 2011, dans les 25 régions faisant l'objet d'un suivi par l'Agence de la biomédecine (les 22 régions de métropole, plus la Guadeloupe, la Guyane et la Réunion), 9.248 personnes ont commencé une dialyse et 334 personnes ont reçu pour la première fois une greffe rénale sans avoir été dialysées auparavant.

Une personne sur deux avait 70 ans ou plus au démarrage du traitement par dialyse ou greffe préemptive.

(Source : Rapport annuel REIN 2011, Agence de biomédecine [pdf])