Cellules souches produites avec de l'acide : la chercheuse accusée de fraude

RECHERCHE - Fin janvier 2014, Haruko Obokata révélait avoir découvert une méthode révolutionnaire, économique et rapide, de produire des cellules souches... Après deux mois d'intense controverse et de suspicions, un comité d'enquête accuse aujourd'hui la chercheuse d'avoir "commis des irrégularités" dans ses travaux.

La rédaction d'AlloDocteurs
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Cet embryon de souris s'est-il réellement développé à partir de cellules souches créées avec un peu d'acide ?
Cet embryon de souris s'est-il réellement développé à partir de cellules souches créées avec un peu d'acide ?

S'ils s'étaient avérés exacts, les résultats présentés récemment par Haruko Obokata dans la prestigieuse revue Nature aurait constitués une révolution pour la médecine régénérative. Mais quelques jours après la publication des travaux, plusieurs chercheurs ont relevé quelques anomalies : des images semblaient trafiquées, d'autres empruntées à des publications antérieures... Un comité d'enquête a été saisi sans délai.

Celui-ci conclut aujourd'hui qu'il y a eu fraude.

"En mêlant des images issues d'expériences différentes et en utilisant des données antérieures, le professeur Obokata a agi d'une façon qui ne peut aucunement être permise", a annoncé le comité, dénonçant "l'immaturité" de la chercheuse.

"Manque d'éthique, d'humilité et d'intégrité"

"Compte-tenu de la pauvreté de ses notes de laboratoire", poursuit le comité "il est absolument évident qu'il va être extrêmement difficile pour quiconque d'autre de suivre et comprendre ses expériences, et cela constitue un sérieux obstacle à un échange sain d'informations."

Qu'en termes choisis ces choses là sont dites... "Les actions de Mme Obokata et la façon bâclée dont elle a géré ses données nous conduisent à conclure qu'elle manque non seulement de sens éthique mais aussi d'humilité et d'intégrité", résume les experts.

Des cellules souches très louches

Les conclusions du comité d'enquête ne signifient pas, à ce stade, que les cellules STAP sont pure invention... bien que de très forts soupçons pèsent désormais en défaveur de leur existence. Des analyses génétiques présentées le 25 mars 2014 ont en effet révélé que les cellules souches d'Obokata, prétendument issues de souris matures d'une certaine lignée génétique étaient en réalité des cellules de jeunes souris de lignées totalement différentes.

"Le fait de dire si [ces cellules souches] existent ou non exige des études supplémentaires qui dépassent les compétences du comité d'enquête dont la mission était seulement de déterminer s'il y avait eu ou non des irrégularités dans la thèse présentant les résultats des travaux", a insisté le président du comité d'enquête, le professeur Shunsuke Ishii.

La chercheuse Haruko Obokata porte, pour le comité, la responsabilité de ces irrégularités. Toutefois, les experts observent que "les autres participants auraient dû mieux exercer leurs fonctions de contrôle."

"Le système normal où des chercheurs vétérans passent prudemment en revue les données brutes (des plus jeunes) n'a pas fonctionné", insiste le comité qui presse l'institut de recherche dans lequel travaille Obokata de revoir ses procédures de vérification des travaux et publications de ses chercheurs.

Vers un retrait des travaux

Le responsable de l'institut, le prix Nobel Ryoji Noyori, a déclaré que si les irrégularités relevées par le comité d'enquête "étaient confirmées à la suite d'éventuelles procédures d'appel", il recommanderait le retrait de la publication. "Des sanctions fermes, mais justes, seront alors prises sur les recommandations d'une commission disciplinaire", a-t-il conclut.

Le scientifique ne se prononce pas officiellement, lui non plus, sur la réalité des découvertes d'Obokata. Selon son institut, "il faudra environ un an" pour mener les recherches qui permettront de conclure ou non à l'existence de cette méthode de production de cellules souches.

 

LES PRECEDENTS VOLETS DE L'AFFAIRE :