Comment réussir vos soufflés ?

Le soufflé, monument de la gastronomie française, est une recette qui, en apparence, est plutôt simple mais parfois, entre le principe et la réalisation, il y a un grand écart. Raphaël Haumont vous délivre ses astuces de chimiste moléculaire pour ne plus avoir peur d’en faire !

Raphaël Haumont
Rédigé le , mis à jour le

Le soufflé est le plat idéal en fin de semaine quand il ne reste plus grand chose dans les placards. Un soufflé peut être cuisiné et parfumé avec tous les ingrédients qui vous passent par la tête : jambon, fromage, tomate, potiron, et même chocolat pour un soufflé sucré.

Comme les blancs d'oeuf ajoutés à la préparation de base sont remplis d'air, ils vont faire monter et gonfler le soufflé en cuisant dans le four grâce à la chaleur dégagée. Le principe est finalement assez simple.

Le soufflé se retrouve souvent en tête de liste des plats apparemment peu compliqués mais qui peuvent être ratés une fois sur deux.

Plusieurs points un peu techniques, mais surtout beaucoup de légendes et " astuces" viennent perturber cette recette et compliquer inutilement la vie des cuisiniers amateurs. 

Le soufflé d’un point de vue chimique 

Le soufflé est une texture, que ce soit un soufflé de pomme de terre, un soufflé jambon fromage, ou même des soufflés sucrés type flambés ou chocolat, dont la base est toujours la même. C'est une préparation épaisse, qui va assurer le liant, avec des blancs montés et ajoutés. Il faut passer au four quelques minutes, et c’est fini.

Il y a 2 préparations à faire, monter les blancs et la base du soufflé.  

La base  du soufflé

Il faut une base de texture épaisse, une purée de pomme de terre fine, béchamel pour les soufflés champignons, jambon fromage, ou bien crème pâtissière pour les soufflés sucrés, cela ressemble à une béchamel sucrée.
Il y a de l’amidon dans tous les cas et la préparation est visqueuse, elle va retenir les bulles de blancs d’œuf. Il faut du liant pour éviter que cela retombe.
Il faut souvent enrichir ces préparations avec du jaune d’œuf. Les blancs sont utilisés pour les blancs en neige, et les jaunes d’œuf qui restent en trop, sont incorporés dans cette base de béchamel ou crème pâtissière. Ainsi, en chauffant, les jaunes coagulent et cela fige encore mieux la préparation.  

L'astuce  côté blancs en neige

Les blancs ne doivent pas être trop montés, c’est l’erreur classique. Trop fermes, ils vont très vite "grainer", c’est-à-dire former des petits amalgames solides granuleux, et l’eau va ressortir facilement, tout va "déphaser", c’est-à-dire faire un mélange inhomogène. Il faut que les blancs soient juste montés, presque encore liquides.  

Incorporer les 2 préparations 

Les deux préparations doivent être incorporées et cela peut se faire en 2 fois par exemple. Un tiers des blancs sont mélangés dans la base épaisse. Il faut mélanger assez vivement, pour détendre la préparation. Il y a des différences de masses volumiques très fortes.

Ensuite, les 2/3 restant sont mélangés délicatement à la spatule. C’est là que toutes les difficultés et les " tours de mains" qui vont avec commencent, la préparation du moule, la cuisson… 

Il faut préférer des moules individuels, plus faciles à cuire. Dans un grand moule, vous n’aurez jamais une cuisson homogène et tout s’écroule et n’est pas très présentable. 

Pour les moules, beurrez-les, et préparez éventuellement une collerette en papier. Il faut beurrer verticalement pour aider le soufflé à monter droit … Le beurre fond dans le four et ne va pas garder en mémoire la verticalité. 

Remplir les moules au 2/3 voir au ¾ et enfournez.  

La cuisson est l’étape clef 

Le four doit être bien chaud pour faire une saisie rapide du dessus et former une croûte qui va lever. Il faut également veiller à bien saisir le dessous, tout le secret est là. Les gens ont souvent cru qu’un soufflé gonflait parce que les bulles d’air se dilataient sous l’effet de la chaleur, comme une montgolfière.
Ce n’est pas faux, mais ce n’est pas le moteur essentiel.

La loi des gaz parfait apprend que si vous augmentez la température de 200 degrés, vous multipliez le volume par 1,6 environ. C’est le principe des montgolfières. Ce calcul est fait dans les conditions idéales où tout chauffe, où tout le gaz est conservé, qu’il n’y a pas de fuites etc.. 

Un autre phénomène doit être pris en compte : l’eau qui se transforme en vapeur d’eau. Il y a beaucoup d’eau dans le soufflé, et il faut savoir qu’un gramme d’eau se transforme en 1litre de vapeur . Autrement dit, cette fois un facteur x1000 dans le volume d'eau, bien diffèrent du x1,6. 

Il est donc primordial de saisir le fond du soufflé, pour que de l’eau puisse passer à l’état vapeur, et puisse alors soulever le reste de la masse. Il faut donc utiliser une plaque en métal bien chaude par exemple, et poser les moules dessus. Enfourner en plaçant l’ensemble plutôt en bas de son four.  

Il est également possible de cuire un soufflé sans four, uniquement dans une casserole, et fermer le couvercle pour répartir la chaleur et cuire le dessus. Cela prend une bonne dizaine de secondes.

Une cuisson au bain-marie peut tout aussi fonctionner. Il n'y aura pas la croûte, mais une texture fondante et très moelleuse. 

Les protéines de blanc coagulent, le jaune coagule aussi, cela piège les bulles de gaz, et finit par donner cette texture cuite mais encore souple. S'il y a suffisamment d’amidon et de protéines, les réseaux sont assez solides pour retenir toutes les bulles de gaz formées. Ce n’est pas censé trop retomber.  

Quand le soufflé retombe un peu  !

C’est le principe de la montgolfière qui atterrit. Quand vous sortez le soufflé du four, vous passez de 200°C à 25°C. Heureusement cela prend du temps pour refroidir, mais à mesure que la température baisse, le volume baisse aussi. C’est proportionnel et c’est toujours la loi des gaz parfaits. Il faut s'attendre à 15-20% de perte de volume environ, c'est normal. 

Si vous ouvrez et refermez vite la porte du four, aucun risque. Par contre, si vous attendez longtemps, vous abaissez la température, donc tout le phénomène de transformation de l’eau à l’état vapeur, et de la dilatation des bulles d’air s’arrête. Si les protéines n’ont pas eu le temps de bien coaguler et solidifier l’ensemble, alors tout peut retomber.

Conseils et astuces pour un soufflé sain

Une astuce répandue consiste à ajouter beaucoup de jaunes d’œuf, car cela coagule fortement. Seulement, c’est très calorique.

Coté santé, 3 choses  : 

  • Pour les soufflés salés, il est possible de renforcer les blancs d’œuf, avec de la poudre de blanc d’œuf, c’est-à-dire des blancs d’œuf déshydratés. Les œufs contiennent 90% d'eau, certes il en faut pour passer à l’état de vapeur et "soufflé", mais il y a parfois un peu trop d’eau, ce qui ramollit la préparation. En ajoutant quelques grammes de blancs d’œuf en poudre, les protéines sont renforcées et cela tient mieux.
  • Pour les soufflés salés, l’astuce consiste à ajouter un gélifiant type agar-agar, ce qui va aider à figer le soufflé lorsqu’il refroidira. Placez l’agar-agar dans la préparation de base (béchamel). C’est très efficace et cela permet d’avoir des textures plus légères car il est même possible de baisser la quantité d’amidon de la béchamel. Cela donne des soufflés moins caloriques. Enlevez les jaunes d’œuf et baissez alors fortement les calories.
  • Pour les soufflés sucrés, toujours dans les blancs d’œuf, pendant que vous les montez, versez un peu de sucre à confiture dedans, c’est-à-dire du sucre additionné de pectine, ou directement de la pectine de fruit en poudre. Cet agent gélifiant va aider à épaissir la préparation et faire figer le soufflé lorsqu’il refroidira. Ce qui limitera là encore sa retombée.

Les soufflés peuvent être très sains pour la santé, riches en protéines, avec peu de matière grasse. La texture est à la fois fondante et rassasiante. Ne vous en privez pas.