Virus hivernaux : la surveillance se grippe

Jusqu'à présent, deux réseaux de surveillance de la grippe cohabitaient en France : Sentinelles et GROG (groupes régionaux d'observation de la grippe). Afin de réduire les coûts de financement, l'Institut de Veille Sanitaire (InVS) préconisait leur fusion. Jugeant les bases administratives du projet retenu par l'InVS "ni justes, ni saines", le réseau associatif des GROG suspend ses activités, après 30 ans d'existence.

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Virus hivernaux : la surveillance se grippe
Virus hivernaux : la surveillance se grippe

Depuis trente ans les GROG effectuent la surveillance de la grippe grâce à un maillage territorial de "vigies" (généralistes et pédiatres principalement, mais aussi des médecins urgentistes, des médecins militaires et des pharmaciens). La plupart de ces vigies, outre le signalement au niveau national des cas d'infections respiratoires rencontrées au fil des consultations, réalisent des prélèvements biologiques, afin d'identifier les virus (pas nécessairement grippaux) à l'origine des symptômes, et éventuellement d'identifier les résistances qui apparaissent.

Dans un communiqué daté du 17 septembre, la coordination nationale des 21 GROG annonce officiellement la cessation de ses activités. Les données collectées par les délégations ne seront plus centralisées pour être mises à disposition du public.

Une fusion contestée

Dans le cadre d'un projet de fusion des deux réseaux de surveillance de la grippe existants, "l'InVS a demandé [aux GROG] de rejoindre le réseau Sentinelles", explique à Allodocteurs.fr le Dr Emmanuel Debost, président du réseau GROG. "Mais les efforts de licenciement demandés portaient essentiellement sur notre réseau."

Au cours de la dernière assemblée générale du réseau, au mois de mai, une large majorité a refusé le projet retenu par l'InVS. Suite à cette décision, l'InVS a suspendu ses subventions à la coordination nationale des GROG, équivalente à 62% de son budget de fonctionnement (354.725 euros en 2013).

"Pour ne pas avoir à déposer le bilan, nous avons dû licencier notre personnel, cinq personnes travaillant à temps partiel, soit 2,5 équivalent temps plein", détaille le Dr Debost.

Deux réseaux complémentaires

Si le projet de fusion a été contesté sur la forme par le réseau GROG, il l'a également été sur le fond.

"Les deux structures sont très différentes", résume Emmanuel Debost. "Nous sommes une association, issue d'initiatives locales, très implantée au niveau régional. Sentinelles est beaucoup plus centralisée, plus jacobine…"

Du côté du réseau Sentinelles, on regrette la décision des GROG de "ne pas monter dans la barque". "Nos deux structures étaient très complémentaires", nous explique-t-on au secrétariat général de Sentinelles. "Depuis le mois de mai, nous avons pris des dispositions pour pouvoir prendre le relais, même si nous aurions préféré travailler avec les GROG".

Le réseau Sentinelles collecte également depuis 30 ans les données de surveillance clinique sur de nombreuses maladies infectieuses, dont la grippe.