Petits singes savants !

Vous êtes nuls en orthographe et vous pensez que c'est une fatalité ? Faites un effort : les singes réussissent bien à voir si un mot est mal écrit ! Des chercheurs marseillais viennent d'en apporter la preuve.

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Petits singes savants !
Petits singes savants !

C'est Dan, un babouin de Guinée âgé de 3 ans au moment de l'expérience, qui est sans conteste le meilleur élève de la "classe" parmi les six singes qui se sont prêtés à l'expérience : il a réussi à reconnaître 308 mots correctement orthographiés, parmi 8 000 présentés pendant un mois et demi au sein d'une station de primatologie du CNRS, près d'Aix-en-Provence.

Cette photo provient du site Faaxaal.over-blog.com

Des écrans tactiles et des céréales pour apprendre

Dans cette "école" pour babouins, les animaux avaient un accès libre et permanent à des écrans tactiles, sur lesquels défilaient des mots anglais de quatre lettres, à un rythme rapide.

L'animal pouvait cliquer sur une forme ovale, s'il estimait que le mot affiché était bien écrit, ou sur une croix dans le cas contraire… avec pour récompense, en cas de bonne réponse, un grain de céréale qui tombait automatiquement d'un distributeur.

Au début, les bons mots apparaissaient plus souvent que les mauvais, pour permettre l'apprentissage. Mais les animaux ont été très prompts à intégrer les bonnes règles orthographiques. "En quelques jours, les babouins sont parvenus à distinguer des orthographes pourtant très similaires", soulignent Jonathan Grainger et Joël Fagot, deux des chercheurs du laboratoire de psychologie cognitive à Marseille (CNRS et université d'Aix-Marseille) qui ont participé à ce travail, dont les résultats sont publiés par la revue américaine Science.

De 43 000 à plus de 56 000 essais ont été menés sur chaque singe.

Une analyse poussée de la structure des mots

Pour les chercheurs, cette étude prouve que les singes n'ont pas intégré uniquement la forme globale du mot, mais qu'ils savent repérer des irrégularités et des anomalies dans sa structure.

Mieux, cette analyse structurelle leur permet de mesurer la "distance orthographique" entre les mots bien et mal écrits : ils sont capable de voir "à quel point'" le mot est mal écrit. Par exemple, ils ont été à même de s'apercevoir qu'un plus grand nombre de changements de lettre étaient nécessaire pour passer de BANK à ZNAK, que pour passer de BANK à JANK.

Plus l'orthographe du mot s'éloigne de l'orthographe correcte, plus le singe le caractérise comme mauvais, selon une courbe comparable à celle de l'homme. Une expérience riche d'enseignements sur notre façon de lire. "Rapportés à notre espèce, ces résultats suggèrent que la lecture se base, au moins en partie, sur notre capacité à percevoir et mémoriser les régularités entre les éléments (les lettres) qui composent un objet (le mot écrit)", avancent les chercheurs.

 Etude de référence : "Monkey See, Monkey Read", Michael L. Platt,Geoffrey K. Adams, Science 13 April 2012:Vol. 336 no. 6078 pp. 168-169, DOI: 10.1126/science.1221402

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