Kazakhstan : une histoire à dormir debout !

Un petit village du Kazakhstan est touché par un phénomène étrange. Depuis cinq ans, des habitants s'endorment soudainement, profondément, parfois pendant plusieurs jours, ce qui vaut au village le surnom du village endormi... Et jusqu'à présent, personne ne comprend ce qui se passe !

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Kazakhstan : une histoire à dormir debout !

Des dizaines d'experts se sont déjà rendus sur place. Des neurologues, des virologues, des toxicologues... et personne n'a encore trouvé de réponse à ce mal mystérieux qui touche un petit village du Kazakhstan, le village de Kalachi. Il se trouve au nord du pays, à environ 150 km de la frontière russe. Ce village compte 680 habitants, et 20% d'entre eux ont déjà été victimes de ces endormissements inexpliqués.

Kalachi, village endormi

Tout a commencé en avril 2010. Une femme qui vendait des vêtements sur un marché, tombe, inanimée, est conduite à l'hôpital. Les médecins diagnostiquent une attaque. Mais deux mois plus tard, d'autres vendeuses du même marché sont victimes d'un malaise similaire, qui en fait n'est pas une attaque. Ces personnes s'endorment. Puis, plus rien ne se passe pendant presque trois ans.

Et en mars 2013, ça recommence. En l'espace de deux mois, dix personnes de 14 à 70 ans sont hospitalisées avec des symptômes similaires. Et le phénomène s'accélère en 2014. En janvier, trente personnes sont touchées, puis d'autres en mars, en mai et en septembre 2014. Le jour de la rentrée des classes, neuf enfants se sont endormis pendant deux jours... Puis de nouveau quarante personnes en décembre. À première vue, cette histoire peut paraître insolite. Mais les habitants ont très peur. Les symptômes ne se limitent pas à un endormissement. Les personnes touchées sont aussi victimes de pertes de mémoire, de mouvements incontrôlables, ou d'hallucinations.

Des médecins démunis face au phénomène

Les personnes atteintes ont passé des tests, des examens, mais les médecins n'ont rien trouvé, pas une seule piste. Au total, 7.000 tests ont été réalisés. On a analysé leur sang, réalisé des ponctions lombaires. On a aussi analysé leur nourriture, l'eau qu'ils boivent, la terre sur laquelle ils vivent, et dans laquelle ils cultivent leurs aliments, l'air qu'ils respirent. Les premières conclusions ont été données en mars 2014. Et ces conclusions n'apportent pas d'élément fondamental.

Une chose est sûre, il ne s'agit pas d'une maladie transmissible. Ni par un virus, ni par une bactérie. Pour l'instant, les spécialistes parlent d'\"encéphalopathie d'origine inconnue\". Un nom scientifique pour dire qu'on ne sait rien… On ne peut que formuler des hypothèses.

Une nouvelle maladie du sommeil ?

Face à cette maladie où les gens s'endorment soudainement, on pourrait penser à la narcolepsie. D'autant plus qu'elle est parfois liée à des hallucinations. Mais les endormissements durent peu de temps. Une heure maximum, alors qu'à Kalachi, les gens dorment jusqu'à cinq jours. Selon une neurologue spécialiste du sommeil contactée par nos soins, qui ne connaît pas ces malades et n'a pas eu accès aux expertises, la seule maladie du sommeil pouvant éventuellement correspondre aux symptômes, il s'agit d'une maladie rare, le syndrome de Kleine-Levin.

Le syndrome de Kleine-Levin touche des adolescents qui dorment 20 heures par jour pendant sept à trente jours. Mais, la grande différence, c'est qu'il est toujours possible de les réveiller. À Kalachi, les personnes ne parviennent pas à se réveiller. On a plutôt affaire à des épisodes de coma selon elle. Et de toute façon, ni la narcolepsie, ni ce syndrome ne se transmet d'un individu à l'autre donc il n'y a aucune raison que plusieurs personnes soient touchées en même temps. Les experts sur place pensent plutôt à une intoxication qui atteindrait le système nerveux, mais n'ont aucune idée du type d'intoxication. Il peut s'agir d'un aliment, d'un gaz, des métaux lourds ou des pesticides qui n'auraient pas encore été testés.

Une mine d'uranium pointée du doigt

Le village de Kalachi est situé à seulement 3 km d'une ancienne mine d'uranium, fermée en 1991, et laissée depuis à l'abandon. De nombreux habitants sont persuadés que les endormissements ont lieu quand les vents viennent de cette direction. Sauf que dans la ville située au pied de la mine (Krasnogorsk), personne n'a jamais ressenti ces symptômes, ni aucun des mineurs qui y ont travaillé pendant des années. Et si l'uranium était la cause de ces endormissements, il provoquerait d'autres dégâts bien plus importants dans d'autres organes, notamment les reins.

D'autres gaz peuvent émaner de la mine, comme du radon ou du monoxyde de carbone. Et par endroit, les taux de radon sont en effet assez élevés, mais pas assez pour expliquer des endormissements aussi longs, ou alors éventuellement si le radon était combiné à un autre gaz… En tout cas, si l'origine est toxique, la cause n'a pas encore été trouvée. Un neurologue contacté explique qu'on ne peut pas écarter une cause psychologique. Il est possible de se trouver face à un cas d'hystérie collective, appelée aussi psychose de masse.

Une psychose de masse est une manifestation physique liée à un problème psychologique qui touche plusieurs personnes au même moment. Mais cela est difficile à démontrer. Aux Etats-Unis, quelques semaines après les attentats du 11 septembre, des centaines de personnes, des jeunes filles pour la plupart, ont eu des éruptions cutanées au même moment. Et après avoir fait le tour des causes possibles, des scientifiques ont conclu que l'origine était psychologique et que ces jeunes filles avaient tellement peur d'une attaque chimique qu'elles en avaient développé les symptômes. On a d'ailleurs parlé de \"the Bin Laden ITCH\", \"la démangeaison Ben Laden\". Mais c'est impossible à prouver. On peut aussi se dire que les scientifiques n'ont pas réussi à identifier la cause réelle et ont finalement conclu à une cause psychologique.

Les habitants de Kalachi, eux, ne sont convaincus pour l'instant par aucune explication. Et psychose de masse ou pas, beaucoup décident de déménager. Les autorités sont d'ailleurs en train d'organiser leur relogement.

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