Cancer invasif de la vessie : l'espoir d'un traitement ciblé

Une équipe de chercheurs de l'Institut Curie à Paris est parvenue à caractériser un sous-type de cancer invasif de la vessie. Cette identification pourrait permettre de proposer un traitement ciblé efficace contre cette forme agressive de tumeur.

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Cancer invasif de la vessie : l'espoir d'un traitement ciblé

Le cancer de la vessie est peu connu du grand public. Considéré à tord comme un cancer rare, il est pourtant en cinquième position des cancers les plus fréquents et touche préférentiellement les hommes de plus de 50 ans, en majorité des fumeurs et anciens fumeurs, ainsi que les travailleurs au contact de produits toxiques.

En effet, la vessie est particulièrement sensible aux toxiques (additifs du tabac, cannabis, solvants industriels ou encore pesticides). Ceux-ci passent dans le sang et sont filtrés par les reins. Ils vont alors s'accumuler avec l'urine dans la vessie avant la miction, où leur présence répétée agresse les cellules de la paroi. Les parois de la vessie sont constituées de plusieurs couches de tissus, et dans la plupart des cas, la tumeur superficielle ne touche que la couche supérieure ou muqueuse urothéliale, au contact de l'urine. Mais dans 20 à 30% des cas, elle peut prendre un caractère agressif, grandir, et s'infiltrer dans les tissus jusqu'à gagner les couches cellulaires les plus profondes. Ces formes invasives sont de mauvais pronostic et seule la moitié des patients est encore en vie cinq ans après l'ablation de la vessie.

Une avancée attendue depuis longtemps

Aucune avancée marquante n'est venue améliorer le traitement des cancers invasifs de la vessie au cours des deux dernières décennies, l'ablation de la vessie demeurant le traitement standard de cette forme de cancer. Dans ce contexte, les travaux de l'équipe du docteur Radvany, publiés le 9 juillet 2014 dans la revue Science Translational Medecine apportent un véritable espoir de progrès, concrétisés par plusieurs résultats.

Après avoir analysé l'expression des gènes de 383 tumeurs vésicales invasives, les chercheurs sont en effet parvenus à caractériser une forme particulièrement agressive de la maladie et à identifier des biomarqueurs spécifiques de celle-ci. Forts de cette découverte, ils ont pu proposer un traitement ciblé potentiel, efficace sur des modèles précliniques. Pour rappel, le traitement ciblé en cancérologie a recours à des médicaments pour cibler des molécules spécifiques, par exemple des protéines, situées à la surface ou à l'intérieur des cellules cancéreuses. Ces molécules contribuent à l'envoi de signaux qui indiquent aux cellules de croître ou de se diviser. Dans le cas présent, il s'agit de molécules de la voie de signalisation EGFR qui est impliquée dans le contrôle de la prolifération cellulaire. En ciblant ces molécules, le médicament empêche la croissance et la propagation des cellules cancéreuses.

Nouvelle indication pour un médicament déjà connu

La caractérisation de ce sous-type de tumeurs invasives de la vessie a permis aux chercheurs de tester sur un modèle animal l'effet d'une molécule anti-EGFR déjà commercialisée. Résultat : cette molécule réduit significativement la croissance de la tumeur. De plus, les recherches de l'institut Curie ont aussi mis en évidence des biomarqueurs qui pourraient permettre d'identifier les patients susceptibles de bénéficier du traitement. Il suffirait de vérifier la présence de trois protéines sur des tissus malins issus d'une biopsie, pour savoir si la tumeur est ou non sensible au traitement ciblé. Ce test pourrait donc, s'il est validé sur d'autres séries de cancers invasifs de la vessie, constituer un outil diagnostique utilisable en cancérologie.

Ces résultats suscitent un vrai espoir selon la Ligue contre le cancer, qui en publiait les grandes lignes dans un communiqué ce jeudi 9 juillet 2014. Ils devraient déboucher prochainement sur des essais cliniques. Parallèlement, d'autres travaux se poursuivent afin d'accroître l'efficacité des molécules anti-EGFR en les combinant avec une chimiothérapie conventionnelle.

Etude de référence : "EGFR as a potential therapeutic target for a subset of muscle-invasive bladder cancers presenting a basal-like phenotype", Sci Transl Med 9 July 2014: Vol. 6, Issue 244, Sci. Transl. Med. DOI: 10.1126/scitranslmed.3008970

 

 

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