Bisphénol A : la colère des chercheurs

L'exposition au bisphénol A aux niveaux actuels "ne présente pas de risque pour la santé des consommateurs de tous les groupes d'âge y compris les enfants à naître", c'est la conclusion d'un rapport rendu par l'Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa). Un avis qui suscite la colère des chercheurs du Réseau Environnement Santé. 

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Interview d'André Cicolella, toxicologue et président du Réseau Environnement Santé.
  • Que  pensez-vous de l'avis de l'Autorité européenne de sécurité des aliments ?

 André Cicolella : "Nous avons un millier de publications scientifiques, dans les revues les plus sérieuses, qui disent que le bisphénol A entraîne des risques de cancer du sein, de cancer de la prostate, d'obésité, de diabète, de troubles du comportement, de troubles de la reproduction ou encore d'allergies alimentaires !

"L'enjeu est la protection de la santé de la population et des générations futures : l'exposition pendant la grossesse a des répercussions sur la santé de l'enfant à naître, du futur adulte mais aussi de ses descendants. Nous sommes donc face à un problème de santé gravissime et l'Agence européenne de sécurité des aliments s'appuie sur des études anciennes, à la méthodologie totalement obsolète, pour entretenir le doute sur la dangerosité du BPA." 

  • Est-ce qu'il faut voir dans cette décision le poids des lobbies ?

 André Cicolella : "C'est évident. Nous ne sommes plus dans un débat scientifique. Comment peut-on nier 1.000 études scientifiques ? La méthode de l'EFSA est très simple : ils ont éliminé la plupart des 1.000 études qui disent que le bisphénol A est dangereux et s'appuient toujours sur une vieille étude, publiée il y a une dizaine d'années et financée par l'industrie chimique... qui n'a pas étudié l'effet des faibles doses. Or c'est justement cela qui pose problème."

  • Est-ce que la France est obligée de suivre l'avis de l'EFSA ?

André Cicolella : "Si la commission européenne suit l'EFSA, elle peut très bien imposer à la France de faire marche arrière sur sa décision d'interdire le bisphénol A. C'est pour cela qu'il faut une action forte de la part des gouvernements."

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