Tout comprendre sur la crise qui oppose les biologistes et le gouvernement

Les biologistes ont annoncé jeudi 27 octobre ne plus transmettre les résultats des tests du Covid-19 au SI-DEP. Une décision contestée par le gouvernement, qui dénonce une "prise d'otage". Explications.

Mathieu Pourvendier avec AFP
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Un laboratoire d'analyses médicales à Aix-en-Provence.
Un laboratoire d'analyses médicales à Aix-en-Provence.  —  Shutterstock

Le différend qui oppose les biologistes au gouvernement sur le budget de la Sécu a viré au bras de fer. Depuis jeudi 27 octobre, les laboratoires ont suspendu la transmission des données de dépistage du Covid-19 à la plateforme SI-DEP, dispositif qui permet de suivre l'épidémie en France. Un boycott "inadmissible" pour l'exécutif. 

Pourquoi un tel boycott ?

Les biologistes ont décidé cet arrêt des transmissions en réaction à la demande d'effort financier du gouvernement. Ils dénoncent depuis un mois la "ponction" de 250 millions d'euros que le gouvernement entend leur imposer via le projet de loi de financement de la Sécurité sociale. Après plusieurs avertissements, les biologistes sont passés à l'action, au risque de casser le thermomètre de l'épidémie.      

Quelles conséquences pour les personnes testées ?

Les résultats des tests Covid ne sont plus transmis à SI-DEP. Néanmoins, les usagers peuvent toujours se faire tester et reçoivent toujours leurs résultats. Ce blocage rend seulement impossible le suivi de l’épidémie par les autorités sanitaires.

Ces actes contestataires ont aussi un impact pour les laboratoires qui ne seront pas remboursés par la Sécurité sociale et qui perdent donc de l’argent.       

Quelles sont les revendications des biologistes ?

L'Alliance de la Biologie Médicale (ABM), qui regroupe les syndicats et les principaux groupes de laboratoires, dénonce un "coup de rabot" qui risque de "désorganiser structurellement toute une filière reconnue comme exemplaire" pour son rôle durant l'épidémie.      

Plutôt qu'une "cure d'économie" pour "régler une situation qui n'est que conjoncturelle", ses membres se disent "prêts à travailler à une régulation tarifaire pour participer à la maîtrise des dépenses de santé" et ajoutent avoir soumis jeudi 27 matin à l'Assurance maladie "une contre-proposition" pour les trois prochaines années.

Sauf que la Caisse nationale d'assurance maladie (Cnam) attend d'abord "que les représentants du secteur adoptent une attitude responsable". Son directeur Thomas Fatôme a fermement condamné le boycott du fichier SI-DEP, déclarant dans un communiqué que "prendre en otage ainsi le suivi de l'épidémie du Covid-19 est inacceptable au regard du contexte sanitaire et des enjeux de santé publique". Mais certains envisagent déjà d'aller plus loin. Les Biologistes Indépendants (réseau regroupant 600 laboratoires hors grands groupes) menacent de fermer leurs laboratoires et de se mettre en grève.   

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Un blocage "inadmissible" pour le gouvernement

"Ce n'est pas ennuyeux, c'est inadmissible", a déclaré vendredi 28 octobre François Braun, le ministre de la Santé, interrogé sur Europe 1. "L'attitude des représentants des biologistes est inconséquente, inconsciente, inadmissible, je leur ai écrit pour leur dire", a-t-il poursuivi. Selon lui, ces biologistes "prennent en otage l'ensemble de la population" et "ils nous rendent aveugle face à la gestion d'une épidémie qui tue encore". "J'espère bien sûr qu'ils vont revenir à la raison et arrêter ce genre de manœuvre", a-t-il souhaité, évoquant des "discussions qui avaient été entamées, qui sont bien entendu arrêtées dans ces circonstances".      

Tout comme le ministre de la Santé, Gabriel Attal ministre des Comptes publics a manifesté son mécontentement jeudi 27 octobre sur FranceInfo face à la décision des biologistes. Il a mis en avant les gains liés au Covid pour ce secteur qui a engrangé "7 milliards d'euros de chiffre d'affaires en plus grâce aux tests payés par la Sécurité sociale". Il "assume" ainsi de leur "demander un effort dans le budget de la Sécurité sociale de 250 millions d'euros en 2023".      

Mais le conflit semble parti pour durer : le projet de budget sur lequel le gouvernement a déclenché le 49.3 le soir du mercredi 26 octobre maintient la mesure en l'état.      

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