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Abus sexuels : une pièce de théâtre pour briser la loi du silence

En France, on dénombre au moins 75.000 viols chaque année. Plusieurs milliers concerneraient des enfants. Des chiffres certainement en-dessous de la réalité puisque de nombreuses victimes gardent le silence. La pédophilie, loin d'être marginale, est pourtant un sujet tabou. Andréa Bescond a choisi d'aborder ce thème sur scène dans un spectacle vivant : "Les chatouilles ou la danse de la colère", mis en scène par Eric Metayer. Le pari est réussi. Ce spectacle est nommé aux Molières dans la catégorie seul(e) en scène.

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Abus sexuels : une pièce de théâtre pour briser la loi du silence

C'est l'histoire d'Odette, une petite fille qui pendant plusieurs années subit les chatouilles d'un ami de la famille. Ces chatouilles sont des agressions sexuelles. Un sujet tabou, la pédophilie au cœur de cette pièce écrite, jouée et dansée par Andréa Bescond.

"On me demande souvent si c'est ma vie. Il est légitime de poser cette question. À cette question, je réponds toujours que c'est l'histoire de beaucoup de personnes et qu'Odette est partout si on ouvre un peu les yeux et qu'on se penche à droite et à gauche. Il y a des Odette filles, garçons, jeunes, vieux… J'avais besoin d'en parler, j'avais besoin que les gens se rendent compte de la terrible banalité de ce propos", explique la comédienne danseuse. 

Sur scène, Andréa Bescond interprète une galerie de personnages. Elle est tour à tour Odette enfant, Odette adulte, Gilbert l'agresseur ou encore la mère dans le déni. Elle est aussi cette prof de danse qui poussera Odette à aller au conservatoire. Car l'histoire d'Odette, c'est aussi celle d'une lente reconstruction grâce à la danse.

La danse pour s'échapper. La danse pour exprimer sa colère. La danse pour se réapproprier son corps sali. "On observe souvent des réactions corporelles chez les enfants victimes. Et chez les fillettes notamment, des réactions très portées sur le corps comme si le corps qui avait été objetisé, transformé en objet devenait le mode d'expression d'un mal-être. Il peut s'agir d'automutilations, de comportements sexuels addictifs ou du moins déviants ou des prises de risque qui visent le corps", note le Dr Stéphane Clerget, pédopsychiatre.

Subir, occulter, se souvenir, culpabiliser, s'auto-détruire… Andréa Bescond narre avec une grande justesse les états et les étapes que traverse Odette. La thérapie et le procès en font partie. "Le procès est un moment éprouvant pour la victime", confie le Dr Clerget, "mais c'est évidemment indispensable pour prendre ses distances avec ce qui s'est passé. Il y a évidemment un besoin de reconnaissance sociale d'autant plus qu'il n'y a pas eu la reconnaissance familiale. Dans le spectacle, il y a un déni familial donc évidemment à ce moment-là, le procès prend toute sa mesure".

Sans pathos et avec pudeur, Andréa Bescond nous fait passer du rire aux larmes. "Beaucoup de personnes qui ont été victimes de viols viennent me voir pour me remercier en me disant que c'est exactement leur histoire, c'est ce qu'ils ont ressenti dans leur cheminement de construction, de destruction, de reconstruction… et je crois que ça leur fait du bien", souligne l'artiste. Faire salle comble avec une pièce sur la pédophilie, le défi était de taille. Andréa Bescond le relève avec brio.

Y ALLER

  • Les Chatouilles ou la danse de la colère
    Théâtre du Petit Montparnasse
    31 Rue de la Gaité - 75014 Paris
    Du mardi au samedi à 21h, matinée : samedi à 16h30
    Relâches les : vendredi 13 mai à 21h, samedi 14 mai à 16h30, samedi 4 juin à 16h30 et 21h, jeudi 23 juin à 21h

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