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Urgences : la chasse aux idées reçues

Aujourd'hui, les services d'urgences français sont sous pression et se trouvent malheureusement au cœur de l'actualité. Ces services souvent critiqués sont de plus la cible d'idées reçues. Le Dr Gérald Kierzek, médecin urgentiste fait le point et la chasse aux idées reçues sur les services d'urgence.

Rédigé le , mis à jour le

Chronique du Dr Gérald Kierzek, urgentiste, du 11 septembre 2013

Première idée reçue : on attend beaucoup aux Urgences

Même si cela peut paraître paradoxal avec le terme "urgences" (une urgence, ça n'attend pas !), on attend très souvent aux Urgences pour la bonne raison qu'il y a beaucoup de monde (16,8 millions de passages enregistrés aux Urgences chaque année).

Mais rassurez-vous, un tri est effectué. Car aux Urgences, ce n'est pas le premier arrivé, premier servi. Un tri est effectué par un ou une infirmière d'accueil et d'orientation (IAO), dont le rôle est de repérer les malades les plus graves en triant les arrivées sur différents critères : motif de consultation, symptômes, antécédents, signes vitaux.

Ce tri détermine l'ordre selon lequel les patients seront vus par le médecin urgentiste : le temps d'attente sera de quelques minutes dans les cas les plus graves à plusieurs heures en fonction de la saturation du service.

Deuxième idée reçue : les gens viennent aux Urgences pour rien et cela encombre le service

Cette idée reçue a un nom : la "bobologie". La notion de "bobologie" est couramment utilisée pour expliquer la saturation des Urgences et tenter d'en détourner les malades. La Cour des comptes notait en 2007 que "la population recourt de plus en plus fréquemment aux services d'urgence hospitaliers (…) et ces passages, le plus souvent, ne correspondent pas à une situation d'urgence vitale ou grave, puisque dans les trois quarts des cas environ, les patients retournent à domicile après consultation".

Mais ce n'est pas parce que trois quarts des gens ne sont pas hospitalisés qu'ils ne devaient pas venir aux Urgences. Les patients viennent rarement aux Urgences par plaisir, ils y viennent car ils ont un problème médical ressenti comme urgent et nécessitant une réponse médicale professionnelle.

C'est après leur passage aux Urgences et l'examen médical assorti d'examens complémentaires (imagerie, biologie,…) que le retour à domicile est possible en toute sécurité. Une douleur au mollet peut sembler bénigne, elle ne peut être qu'une crampe musculaire mais une douleur au mollet peut aussi révéler une thrombose veineuse profonde dont le traitement est vital.

Une étude américaine publiée en 2013 dans le Journal of the American Medical Association (JAMA) montre qu'on ne peut prévoir à l'arrivée aux Urgences (ce qu'on appelle le motif de venue) l'issue diagnostique. En d'autres termes, il n'y a pas de corrélation entre le motif/symptôme d'arrivée et la gravité.

Mieux vaut venir aux Urgences pour rien... que le contraire. L'organisation de circuits rapides de consultations au sein des Urgences permet de voir les patients les moins graves rapidement et en toute sécurité pour redresser un diagnostic.

Dernière idée reçue : aux Urgences, on est vu par un interne

Les internes font des stages aux Urgences, mais depuis quelques années, la médecine d'urgence est une spécialité et les Urgences sont séniorisées, c'est-à-dire qu'un médecin en titre, spécialiste en médecine d'urgence est présent et valide toutes les décisions concernant les patients.

Il faut rappeler qui fait quoi, et qui est qui dans un service d'urgence comme à l'hôpital en général. La "hiérarchie médicale" est la suivante :

- Vous pouvez être d'abord vu par un étudiant en médecine (que l'on appelle un "externe") et qui est un étudiant de la deuxième année à la sixième année. Il est en apprentissage et procède à votre examen clinique, vous interroge mais ne prend en aucun cas de décisions seul. Ces étudiants sont présents aux Urgences et dans les services des hôpitaux universitaires.

- Le deuxième interlocuteur que vous rencontrerez aux Urgences est l'interne. C'est un médecin (il peut prescrire) en septième, huitième année voire plus en fonction des spécialités. Il peut être spécialisé en médecine d'urgence ou dans une autre spécialité et effectuer des gardes. Mais il n'a pas encore sa thèse de doctorat de médecine.

Le médecin senior (l'urgentiste) est quant à lui un médecin ayant terminé son cursus. L'ensemble des décisions prises sont sous sa responsabilité.

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