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Rohingyas au Bangladesh : "C'est la misère dans la misère"

Persécutés en Birmanie, plus de 620.000 Rohingyas s'entassent dans des camps de misère, au sud du Bangladesh. Le Pr Raphaël Pitti, médecin anesthésiste et membre de l'Union des Organisations de Secours et Soins Médicaux (UOSSM) était l'invité du Magazine de la Santé.

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Entretien avec le Pr Raphaël Pitti, spécialiste de médecine de guerre

Les réfugiés racontent des viols collectifs, des massacres, des villages brûlés... L'ONU parle d'un "nettoyage ethnique". Depuis trois mois, plus de 620.000 musulmans rohingyas ont fui la Birmanie, persécutés par l'armée et les milices bouddhistes. Ils se réfugient dans d'immenses camps de fortune au sud du Bangladesh. Depuis plusieurs semaines, les ONG dénoncent une situation humanitaire catastrophique. Les explications du Pr Raphaël Pitti, médecin anesthésiste et membre de l'UOSSM.  

  • Quelle est la situation sanitaire dans ces camps ?

Pr R. Pitti : "On est face à un bidonville d’environ 620.000 âmes où arrivent environ 10.000 personnes par jour après un trajet très difficile et très long au travers de la jungle. Quand nous y étions, il y a une femme qui est arrivée avec ses cinq enfants. Elle avait accouché dans la jungle et est arrivée avec son bébé dans le camp. C’est la misère dans la misère. Le Bangladesh est considéré comme un des pays les plus pauvres du monde. Les conditions sanitaires sont extrêmement difficiles. On voit aussi toutes les limites des institutions internationales, du type Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés, Croix Rouge Internationale ou Croissant Rouge International. Ils n’arrivent pas à assumer la prise en charge globale de cette population. Il y a un potentiel épidémique qui est vraiment très important."

  • Quelles sont les pathologies que vous avez rencontrées ?

Pr R. Pitti : "Nous étions une équipe médico-chirurgicale donc nous avons voulu voir ce que nous pouvions apporter. Nous sommes allés à l’hôpital public de Cox’s Bazar pour voir comment nous pouvions les aider. En vérité, les Rohingyas sont une population qui est certainement discriminée de très longue date en Birmanie. Il y a un véritable apartheid en Birmanie et donc ils ne devaient pas avoir accès aux soins. On a des pathologies évoluées que l’on peut considérer comme historiques que l’on ne verrait pas en France. On a vu un goître multi nodulaire qui occupait tout le cou. La patiente présentait également des signes d’hyperthyroïdie. Il y avait aussi un homme avec un carcinome de la face, un cancer du visage. Le patient mettait dessus du papier journal pour absorber les suintements de cette lésion. Il y avait énormément de hernies scrotales dans lesquelles il y avait pratiquement tous les intestins au niveau des testicules. Il y a aussi des pathologies plus aigues, consécutives aux violences qu’ils ont subies." 

  • Que racontent les réfugiés des violences qu'ils ont vécues ?

Pr R. Pitti : "Tout ce que vous pouvez imaginer, ils l'ont vécu : le viol systématique, l'assassinat d'enfants, les villages brûlés... Ils racontent tout ce qu’on peut imaginer en terme d’extermination d’une population."

  • L'aide est-elle insuffisante ?

Pr R. Pitti : "On est arrivé aux limites de nos capacités de prise en charge. Si on est entré dans une évolution d’un réchauffement climatique telle que dans une ou deux décennies, il y aura 15 millions de Bangladais qui seront obligés de partir à cause d’inondation. Comment ferons-nous pour ces quinze millions d’habitants alors que nous ne sommes pas capables de prendre en charge 620.000 personnes qui arrivent d’un coup au Bangladesh. Beaucoup d’ONG sont présentes sur le terrain, essayent d’apporter leur aide mais il faut des moyens plus conséquents."

Pour soutenir l'action de l’UOSSM et venir en aide aux Rohingyas, vous pouvez envoyer le mot DON au 92011 pour donner 5 euros. Vous pouvez aussi soutenir l’association via le site Internet de l'Union des Organisations de Secours et Soins Médicaux (UOSSM).

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