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Santé connectée : notre rythme cardiaque à portée de main

Depuis quelques années, les montres connectées qui scrutent l'activité cardiaque ont envahi le marché. Mais sont-elles vraiment fiables ?

Rédigé le , mis à jour le

"Santé connectée : votre coeur sous contrôle", chronique de Olivier Levard, journaliste spécialiste des nouvelles technologies, du 3 octobre 2018

Ces nouveaux acteurs, qui n'existaient pas il y a dix ans, veulent nous prendre le pouls et bien plus encore... Nous avons d'un côté des acteurs spécialisés dans le sport/fitness comme FitBit ou Garmin et de l'autre, des géants du high-tech comme Apple, Samsung ou encore Xiaomi. Et aujourd'hui, la plupart des montres et bracelets connectés se penchent sur le coeur.

Des Français se sont également lancés sur le marché. C'est le cas de Withings (qui a un temps appartenu à Nokia) qui a récemment sorti une nouvelle montre (Withings sport), centrée sur le suivi du coeur pendant les activités sportives. Le fabricant évoque plus de 30 sports (du volley à la plongée). Ils sont automatiquement reconnus avec mesure de la fréquence cardiaque pendant l'effort que l'utilisateur peut ensuite retrouver dans des tableaux assez précis.


Montre connectée Withings

Les données des montres connectées sont-elles fiables ?

Pour suivre vos performances sportives, si vous choisissez une marque sérieuse, les données recoltées sont le plus souvent fiables. D'ailleurs, de nombreux sportifs les utilisent pour suivre leurs performances et voir, au fil des entraînements, comment leur coeur devient plus costaud, se "muscle"... Ces montres et bracelets connectés permettent de surveiller sa fréquence cardiaque en direct et de ne pas trop "pousser" son coeur pendant l'effort. Et ils  permettent aussi aux "geeks" de se motiver pour faire du sport...

En revanche, pour la partie "santé" pure, pour détecter des pathologies cardiaques par exemple, l'intérêt de ces montres est assez contesté. Une des rares études cliniques sur le sujet publiée en mai 2018 a montré que les montres connectées détectaient bien des problèmes mais se trompaient assez souvent dans leurs mesures. Trop souvent pour qu'on les considère comme des outils de santé fiables.

Apple lance la première montre à électrocardiogramme intégré

Lors d'une grande conférence de présentation de ses nouveaux téléphones, Apple a dévoilé des analyses du coeur sur un écran géant en présence du patron de l'association de cardiologie américaine. La marque à la pomme a annoncé avoir intégré à sa nouvelle montre connectée des électrodes sous le cadran, capables de faire des analyses assez poussées du coeur : c'est ce qu'on appelle un électrocardiogramme.

Ce système doit permettre de détecter par exemple la fibrillation atriale, le plus fréquent des troubles du coeur, qui se caractérise par une contraction irrégulière des oreillettes. En détectant ce trouble cardiaque, il serait par exemple possible d'éviter des AVC. Il s'agit d'une première pour un produit grand public et la FDA, le très sérieux organisme de validation des produits de santé aux Etats-Unis, a donné son accord à Apple pour lancer ce produit comme un "vrai" électrocardiogramme. Il s'agit donc d'un matériel homologué par les pouvoirs publics.

Cette nouvelle montre intègre un électrocardiogramme (ECG) composé de deux électrodes. La première est située au dos de la montre, l'autre dans une molette. Pour prendre une mesure, il faut poser le doigt sur la molette pendant 30 secondes. Grâce à une appli, la Watch produit un document (PDF) que l'on peut communiquer à un médecin. Apple s'est engagé à lancer cette montre aux Etats-Unis avant Noël, via une mise à jour. Pour la France, la demande est en cours comme "dans tous les pays où la watch sera commercialisée". Selon Le Monde, il faudra attendre de six mois à un an au minimum.


Apple Watch Series 4

Des objets connectés qui divisent

Cette montre suscite beaucoup de réactions, de la presse et des médecins... Le Monde et Le Figaro ont emboîté le pas de la presse américaine et en ont consacré des pages entières. Le New York Times parle de "nouvelle ère pour ces objets connectés” car il s'agit d'une prouesse technique : peu de spécialistes s'attendaient à ce qu'un électrocardiogramme "grand public" sorte aussi rapidement et à ce prix (400 euros).

Chez les médecins, ceux qui sont enthousiastes soulignent que les personnes ayant des problèmes cardiaques identifiés ou qui se plaignent du coeur pourront faire des électrocardiogrammes chaque fois qu'ils sentent quelque chose d'anormal. Les données peuvent être partagées immédiatement avec son médecin, ce qui pourrait aboutir à un meilleur diagnostic des fibrillations ou à un suivi du traitement "à condition que cela soit fait correctement".

Toutefois, même si elle a été validée par une étude clinique, la fiabilité de cette montre serait de 80% pour la fibrillation. L'électrocardiogramme de la Watch prend en effet une mesure appauvrie, composée d'un seul tracé, comparativement aux douze à quinze tracés d'un ECG classique. Cela limite aussi le nombre de maladies que l'on peut détecter. Par exemple, la Watch ne détecte pas les infarctus.

Pour le commun des mortels, sans problème cardiaque identifié, beaucoup de médecins sont sceptiques, aux Etats-Unis comme en France. Et comme on équipe surtout la population jeune et branchée, qui n'est pas forcément celle qui en a le plus besoin, on peut aboutir à de nombreux "faux positifs", redoutent certains médecins. Des jeunes vont penser avoir une pathologie et consulter leur médecin alors que tout va bien.

La médecine à l'ère connectée

La crainte avec la santé connectée est de créer des malades imaginaires. Plus on disposera de tels outils, plus on devra réfléchir à la manière de les utiliser. C'est aussi la raison pour laquelle Apple cherche de plus en plus à "vieillir" sa clientèle, à séduire les seniors. Sa montre intègre aussi un détecteur de chute qui appelle les secours si vous tombez...

Nous ne sommes qu'au début d'un nouveau monde. Comme ses concurrents, Apple a axé sa communication, son marketing, sur la technologie et le sport. Les géants du high-tech se lancent sur le marché de la santé avec la puissance de leur moyens financiers, de leur marketing et ils ne se cachent plus. Google a récemment ouvert à Paris un centre dédié à l'intelligence artificielle avec un objectif avoué : révolutionner l'analyse des données médicales. Que l'on soit pour ou contre cette offensive, nous n'en sommes qu'à la préhistoire...

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