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Donner son corps à la science

Chaque année en France, entre 2.500 et 3.000 personnes font don de leur corps à la science. Une décision indispensable à la science mais pas toujours facile à accepter par l'entourage. Pourquoi certains font cette démarche ? À quoi servent les corps des donateurs ? Les réponses dans ce dossier.

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Don du corps à la science : comment ça marche ?

Dans cette vidéo, vous verrez ce que deviennent les corps après donation.

Lorsqu'Aris Kindt a été pendu aux Pays-Bas, en 1632, pour avoir volé ses congénères, il était loin d'imaginer que son corps serait disséqué publiquement au cours d'une leçon d'anatomie immortalisée dans un célèbre tableau de Rembrandt.

Durant l'Antiquité, le corps humain est sacré et les dissections sont interdites. Les connaissances se fondent sur l'étude anatomique des animaux. Ce n'est qu'à partir du XIVe siècle que les médecins pratiquent les premières dissections sur des corps de suppliciés. Puis les médecins récupèrent les cadavres non réclamés par leurs proches pour approfondir leurs recherches.

La généralisation de ces travaux permettra la publication du plus grand traité d'anatomie à la Renaissance, celui d'André Vésale : De Humani Corporis Fabrica (La fabrique du corps humain). En France, il faut attendre 1887 pour pouvoir faire légalement don de son corps.

Contrairement au don d'organes, qui autorise le prélèvement de ses organes après sa mort, le don du corps consiste à donner son corps à un établissement d'enseignement médical (une école de chirurgie ou un établissement de recherche scientifique). La différence est aussi sémantique, on parle d'un donneur d'organe et plutôt d'un donateur dans le cas du don du corps.

Don du corps à la science : un intérêt médical

L'Ecole de chirurgie de Paris est l'un des premiers centres à avoir pratiqué la dissection anatomique

Aujourd'hui en France, les travaux anatomiques constituent toujours une des bases de la formation des médecins. Si internes et externes disposent d'autres outils, comme les dissections animales ou l'apprentissage sur mannequin, rien ne remplacera jamais un corps humain.

Le don du corps permet ainsi aux étudiants en médecine d'apprendre et de perfectionner leurs connaissances en anatomie et en chirurgie. Il permet également d'améliorer les techniques opératoires. Pendant les travaux anatomiques, les corps sont traités avec tout le respect qu'il se doit. Ils sont ensuite incinérés.

Chaque année, 2.500 à 3.000 personnes font don de leur corps à la science. Trop peu au regard du nombre d'étudiants à former. En cause, une confusion avec le don d'organes. On pense souvent, à tort, qu'en donnant ses organes, on donne par la même occasion son corps à la science. En d'autres termes, ce qui ne servira pas à sauver des gens sera utilisé pour la formation des médecins. Or, ce sont deux actes distincts avec des procédures différentes.

Don du corps à la science : un cadre juridique pas toujours clair

Témoignage de Monique dont le mari a fait don de son corps à la science.

Histoire des dissections anatomiques. Nous sommes loin de l'époque où les anatomistes volaient des macchabées à la tombée de la nuit et pratiquaient des dissections dans des caves. C'est d'ailleurs, pour mettre fin à ces pratiques qu'on a autorisé les dissections anatomiques sur les corps des condamnés à mort puis sur des cadavres abandonnés.

XXe siècle : légiférer le don du corps. Donner son corps est aujourd'hui réglementé. Cette donation doit être formulée personnellement du vivant du donateur. La demande doit être manuscrite signée et datée (testament olographe), à l'une des facultés de médecine comportant un service de don du corps (en France, il en existe 28). S'il accepte le don, l'établissement receveur envoie une attestation à insérer dans le livret de famille et une carte de donateur à conserver sur vous.

Vous trouverez dans ces centres les informations pratiques concernant par exemple le transport du corps ou la restitution éventuelle des cendres.

Don du corps : que dit la loi ? Ce cadre repose sur une loi qui date de 1887 et sur un article relatif aux funérailles et aux lieux de sépulture. Ces textes précisent uniquement les conditions dans lesquelles un corps peut être accepté par une faculté ou par un établissement de santé.

Cas de refus d'un corps. Les facultés de médecine et les établissements de santé peuvent refuser un corps. Accident de la route, un suicide, ou toutes autres raisons susceptibles de poser un problème médico-légal peuvent constituer des causes de refus.

Comment se passe la restitution du corps ? Les lois ne précisent rien sur la restitution du corps. Pour ce qui est des frais, à l'école de chirurgie de l'AP-HP, la gratuité du don est totale. Il peut arriver que certains établissements demandent une contribution pour les frais de transport et d'inhumation.

Des corps étudiés, puis incinérés. La plupart du temps, les familles ne peuvent pas récupérer les cendres. L'école de chirurgie de l'Assistance Publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) fait partie des rares institutions qui offrent cette possibilité au cas par cas. Il faut aussi que le donateur en ait exprimé la volonté.

Don du corps : un choix parfois difficile à accepter pour l'entourage. Le fait de ne pas avoir de sépulture sur laquelle se recueillir peut être mal vécu par les proches. Ils n'ont, en plus, aucun droit de regard sur la démarche du don et ne peuvent pas la faire annuler. Seul le donateur a le droit de revenir sur sa décision. Dans ce cas, il doit détruire sa carte et en informer l'établissement par écrit.

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