Vivre après une amputation

Amputer un membre est un acte chirurgical parfois nécessaire pour sauver une vie. Une intervention qui, si elle est vitale, n’en reste pas moins traumatisante. Comment vit-on après une amputation  ?

Maroussia Renard
Rédigé le , mis à jour le
Image d'illustration ©Shutterstock
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Environ 100 à 150.000 personnes sont amputées chaque année en France. 80% des interventions sont liées à des maladies vasculaires, fréquentes chez les personnes diabétiques et les fumeurs. Chez ces patients, les parois des vaisseaux sont fragilisées et finissent par se boucher. Le sang ne circule plus correctement. Le membre n'est plus irrigué et les tissus se nécrosent.  

L’amputation peut aussi faire suite à un traumatisme, comme un accident de la route par exemple, lorsque le membre est trop abîmé pour être conservé. Les autres causes d'amputation sont des tumeurs ou des infections osseuses ou tissulaires. 

L’amputation est  une pratique qui ne date pas d'hier. En France, des traces d'amputation ont été observées sur l'avant-bras d'un squelette Néolithique vieux de 7 000 ans, découvert au sud de Paris… Evidemment, depuis, la technique a évolué.  

L’amputation peut se faire à plusieurs niveaux. Pour les membres supérieurs : au-dessus de l’épaule, du coude, du poignet. Pour le membre inférieur : au niveau du pelvis, de la hanche, du fémur ou du genou… C’est un acte délicat car il ne s’agit pas seulement de couper un membre, le but est aussi de préparer la suite, c’est-à-dire l’appareillage. 

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Pour cela le chirurgien va se servir des muscles pour étoffer le moignon. C’est ce qui permettra à la prothèse de trouver un bon appui. Si l'amputation peut être traumatisante pour le patient, c’est aussi une décision difficile à prendre pour les soignants. 

Elle n’intervient qu’en dernier recours, lorsque tous les autres traitements ont échoué. Même si c’est rare, il peut arriver que le patient en fasse lui-même la demande pour soulager des douleurs chroniques devenues invivables. 

Le choix de l'amputation

Magali Lange a 45 ans. Elle a vécu l'amputation comme une renaissance.

Venir à bout des douleurs du membre fantôme

Il faut compter environ 3 mois entre l’amputation et la confection de la 1e prothèse provisoire. L’adaptation est elle aussi est assez longue. Le moignon va changer de volume et la musculature va se modifier. Les patients amputés doivent revoir régulièrement leur prothésiste pour réadapter la prothèse à ces variations. 

Un autre problème lié à l’amputation, ce sont les douleurs ressenties dans 8 cas sur 10 au niveau du membre pourtant absent : 

Ce sont des douleurs du membre fantôme. Ce sont des sensations de crampes, de coups de poignards, de brûlures ou encore de décharges électriques.  Ce phénomène intriguant a été décrit pour la première fois au 16ème siècle par Ambroise Paré, le père de la chirurgie moderne. Depuis, beaucoup de recherches ont été menées pour tenter d’en expliquer l'origine. 

L’hypothèse la plus probable c’est qu’elles seraient liées à une discordance entre le message que le cerveau envoie aux muscles qui commandent le membre amputé et l’absence de retour sensoriel. 

Le cerveau dit à la main de bouger mais la main ne bouge pas, c’est cette information contradictoire qui expliquerait ces douleurs du membre fantôme… Quelle qu’en soit l’origine, ces douleurs peuvent se révéler très difficiles à vivre. Une prise en charge est alors proposée. 

À l’Institut Robert Merle d’Aubigné, à Valenton, en région parisienne différentes techniques sont utilisées pour atténuer ses douleurs. Bertrand a du être amputé en octobre dernier, la tumeur avait envahi son bassin. Depuis l'opération, il n'a jamais cessé de ressentir ce membre qui n'est plus là.

Les différentes prises en charge

Aucune méthode ne semble nettement plus efficace que les autres. Ainsi les patients peuvent être traités avec des médicaments, une psychothérapie ou encore de la stimulation magnétique transcrânienne. 

Il s’agit de délivrer un champ magnétique très puissant directement sur la zone du cerveau qui commande le membre amputé. 

Un traitement qui fonctionne pour un patient ne fonctionnera pas nécessairement pour un autre. Il est donc recommandé d’essayer différentes prises en charge pour trouver ce qui fonctionne pour vous. La seule certitude, c’est que plus les douleurs du membre fantôme sont rapidement traitées après l’amputation, plus il y a de chances de les faire disparaître. 

Il faut donc absolument en parler avec l’équipe médicale le plus tôt possible. 

Enfin l’autre grand problème soulevé par l’amputation est la réappropriation de son nouveau corps. Ce processus est plus ou moins compliqué selon les individus. Un soutien psychologique adapté est parfois nécessaire. 

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