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Sclérose latérale amyotrophique : la recherche avance

Enfin des avancées thérapeutiques pour les patients souffrant de la maladie de Charcot ! Aussi appelée sclérose latérale amyotrophique, elle reste pour le moment incurable. Zoom sur les progrès de la recherche à l'occasion de la Journée mondiale 2020.

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Sclérose latérale amyotrophique : la recherche avance
Sclérose latérale amyotrophique : la recherche avance

Stephen Hawkin a mis en lumière la sclérose latérale amyotrophique, ou SLA, qui touche 8 000 Français et 200 000 personnes dans le monde. 1 800 nouveaux cas sont diagnostiqués chaque année en France. C'est une maladie où les neurones permettant de transmettre l'ordre des mouvements, appelés motoneurones, sont progressivement détruits : les patients souffrent alors d'une paralysie qui évolue progressivement, et qui peut atteindre les muscles respiratoires. Ce qui explique un pronostic dramatique : en moyenne, les patients vivent trois ans après le diagnostic, avec de gros écarts en fonction des individus. 90% décèdent dans les 10 ans. Pour le moment, seul le riluzole est commercialisé: " il est efficace, il ralentit de 35% l'évolution et améliore le pronostic vital, précise le Pr Camu, spécialiste de la maladie. Comme la médiane de survie est de 32 mois, cela signifie gagner un an."

La prometteuse thérapie génique

Si elle a longtemps stagné, la recherche commence à avancer grâce à une meilleure compréhension de la sclérose latérale amyotrophique depuis quelques années. "Maintenant que l'on connait mieux le processus, il y a 5 à 6 fois plus d'essais cliniques qu'avant !, s'exclame le Pr Camu. On attend la thérapie génique car c'est le seul traitement qui guérit l'animal."

Dans 10% des cas, la maladie est génétique, dont 1/5 des cas est lié à une mutation du gène SOD1. Le reste est dit sporadique, sans autre personne touchée dans la famille. "Pour les cas de SLA dus à la mutation du SOD1, le tofersen® ou BIIB067, devait arriver très prochainement en France mais le Covid-19 a tout bloqué, déplore le Pr Camu. C'est administré par une ponction lombaire, probablement tous les 3 mois. La question qui se pose est de savoir si c'est le même principe dans les formes sporadiques, auquel cas le tofersen pourrait traiter toutes les formes, comme certains travaux notamment suédois le suggèrent."

Un autre type de thérapie génique, dite par vecteur viral, suscite de grands espoirs : elle consiste à modifier un gène, introduit dans les cellules grâce à un virus et à partir d'une simple perfusion : "On espère que ce soit curatif car elle a déjà été appliquée dans une autre maladie, l'amyotrophie spinale infantile, qu'elle guérit, confie le spécialiste. C'est remarquable ! Mais dans l'amyotrophie, il s'agit de remplacer un gène tandis que dans la SLA, il s'agit de bloquer un gène. Chez l'animal, c'est curatif et c'est en début d'expérimentation aux Etats-Unis."

Autre traitement en cours d'essai : un oligonucléotide pour le gène C9ORF72. "On est au tout début des essais, en phase 1, reprend le Pr Camu. Mais si le résultat est spectaculaire, il pourrait être à disposition d'ici 2 ans ou plus tôt."

Des avancées à venir

Dans le dernier numéro de la revue Accolade, de l'association française pour recherche sur la sclérose latérale amyotrophique, le Pr Camu fait également le point sur deux avancées particulièrement prometteuses, même si elles ne sont pas encore applicables à l'être humain.

La première a vu le jour dans le Pacifique Sud, à Guam plus précisément, où une forme de SLA très fréquente est due à l'accumulation d'une toxine, la BMAA. En France, cette accumulation est liée aux pollutions, en particulier aux cyanobactéries, les fameuses algues vertes. Le cerveau des patients à Guam contenait de grandes quantités de BBMA, ce qui a donné lieu à des recherches. La toxine s'insère dans nos protéines en prenant la place d'un acide aminé, la sérine. Des essais sur des singes menés par le Pr Cox ont montré que la sérine donnée en même temps que la BMAA, inhibe le rôle néfaste de la BMAA.

Autre avancée intéressante pour le Pr Camu, les travaux du Pr Cleveland dans le domaine thérapie génique. Il montre l'intérêt d'une nouvelle voie pour injecter le virus porteur du bloqueur de gène que l’on veut faire agir : en injection sous-piale, autrement dit sous la pie-mère, l'une des méninges qui recouvrent le cerveau. Ce qui augmente son efficacité. L'étude monte également qu'en bloquant le gène, on bloque la maladie : les souris ne sont pas malades si le virus est injecté à 120 jours (Figure 2). Enfin, si le virus est injecté à 350 jours, quand 50 % des neurones sont touchés, la maladie est totalement stoppée.

"Ce sont là des progrès majeurs, qui ne sont certes pas encore applicables en clinique mais qui montrent que les chosent avancent désormais assez vite, conclut le Pr Camu. Nous espérons une application humaine très prochaine, même si les étapes doivent toutes être validées les unes après les autres." De quoi susciter beaucoup d'espoir pour les patients et leurs proches...   

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