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Retarder la ménopause de 20 ans : vraiment ?

Une clinique britannique propose aux patientes de retarder la ménopause en réimplantant du tissu ovarien, après l’avoir congelé. Cette nouvelle a fait le tour de Net, mais scientifiquement est-ce vraiment possible ? 

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Retarder la ménopause de 20 ans : vraiment ?
Un fragment de tissu ovarien est prélevé chez une femme, avant ses quarante ans, pour ensuite être congelé puis réimplanté au moment de la ménopause © Fotolia

Bouffées de chaleur, troubles de l’humeur, ou baisse de la libido… les femmes sont nombreuses à en souffrir en période de ménopause. Pour venir à bout de ces symptômes, une clinique britannique propose une technique de cryoconservation du tissu ovarien. Une procédure déjà proposée aux jeunes femmes souffrant d’un cancer, pour leur permettre de procréer après les traitements qui peuvent nuire à la fertilité.

Un fragment de tissu ovarien est prélevé chez une femme, avant ses quarante ans, pour ensuite être congelé puis réimplanté au moment de la ménopause. Si ce tissu ovarien résiste, sa réimplantation pourrait permettre de combler le déclin des hormones sexuelles et donc de retarder la ménopause. Cette intervention chirurgicale d’une trentaine de minutes a déjà été testée sur neuf femmes, âgées de 22 à 36 ans. Pour en bénéficier, il faut tout de même débourser l'équivalent de 7.500 à 12.000 euros.

Cette technique est-elle vraiment novatrice et surtout est-elle fiable ? Allodocteurs.fr a interrogé le Pr Michael Grynberg, gynécologue-obstétricien et médecin spécialiste de la reproduction à l'hôpital Antoine Béclère (AP-HP).

  • Cette technique est-elle une avancée scientifique et fonctionne-t-elle ? 

Pr Michael Grynberg : “C’est une technique dont on parle depuis un certain temps donc ce n’est pas très étonnant que quelqu’un se mette à la proposer "en routine" dans une nouvelle indication. Mais ils s’emballent sûrement beaucoup... Sur les quelques greffes déjà réalisées sur des femmes ménopausées à la suite d'un cancer, on a très peu de données en termes de fertilité (moins de 200 naissances à travers le monde). On sait que la reprise de la fonction hormonale des fragments se fait relativement bien. Mais elle dépend de plusieurs facteurs, notamment l’âge au moment où on a prélevé. Ceci étant, on ne maîtrise pas encore tous les paramètres qui font que la greffe prend ou pas et pendant combien de temps. Une chose est sûre, on sait qu’il ne faut pas prélever après 37 ans, parce que ça ne sert à rien... Ça marche très mal, en tout cas pour la fertilité."

  • Les chercheurs annoncent pouvoir retarder la ménopause de 20 ans, est-ce vraiment possible ? 

Pr Michael Grynberg : “C’est faux ! 20 ans, c'est impossible. On n'a aucun recul, ils n'en savent rien ! La moyenne est plutôt aux alentours d’un an et demi, bien loin des 20 ans promis.... Il y a quelques cas de femmes qui ont encore des cycles après sept ou huit ans mais c’est exceptionnel. Aujourd’hui, des recherches sont en cours mais le problème c’est que l’on ne connaît pas exactement la durée de vie des fragments de tissu ovarien que l’on va prélever et ensuite greffer "

  • Quelles sont les limites de cette technique ?

Pr Michael Grynberg : “Avoir du tissu ovarien en moins, lorsqu'il est prélevé à une âge jeune, n’est pas forcément problématique. De plus, on sait que la greffe permet le plus souvent de restituter aux femmes une production hormonale et des cycles menstruels. Mais cela veut dire aussi que des femmes de 50 ans pourraient redevenir fertiles. Et ça, c’est un problème parce que l’on ouvre la porte à des grossesses tardives qui sont particulièrement à risque, à la fois pour la femme et pour l’enfant.”

  • Cette technique pourrait-elle tout de même représenter un espoir pour les femmes qui approchent de la ménopause ? 

Pr Michael Grynberg : “Aujourd’hui, la ménopause est un vrai problème pour les femmes. Les traitements hornomaux substitufs sont de plus en plus décriés, notamment avec des polémiques autour de la survenue de cancers du sein. Les femmes n’ont pas forcément envie de prendre ces traitements. C’est vrai que si on peut avoir quelque chose de plus “naturel”, il y aura forcément un public . Le réel enjeu c’est de réduire le risque cardiovasculaire et d’ostéoporose via cette production hormonale que l’on peut restituer avec la greffe. Après, il faut évaluer la balance bénéfices/risques de cette technique qui implique plusieurs chirurgies : une pour prélever le tissu ovarien et au minimum une pour le greffer"

  • La greffe de tissu ovarien pour retarder la ménopause pourrait-elle être autorisée en France ? 

Pr Michael Grynberg : “Dans notre pays, la greffe de tissu ovarien en est encore au stade expérimental. La première naissance mondiale a eu lieu en 2004 et 15 ans plus tard, ce n'est toujours pas sorti du champ de la recherche. Comme nous ne sommes pas forcément les moins frileux sur les questions de reproduction, je ne suis pas sûr que l’on soit parmi les pays pionniers pour autoriser ces greffes dans le but de retarder la ménopause. Mais on ne peut pas exclure que cela puisse devenir un jour une option.”

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