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Feu vert pour l'expérimentation des "salles de shoot"

Dans la nuit du 7 au 8 avril, l'Assemblée nationale a voté l'expérimentation prochaine des salles de consommation de drogues, dites "salles de shoot", dans plusieurs villes de France. Ces locaux, décriés depuis 2010 par une partie de la droite, doivent permettre de réduire le nombre d'infections (VIH, hépatite C) liées à l'injection de drogues, mais aussi de proposer à des toxicomanes précarisés un premier contact avec le corps médical et associatif.

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Feu vert pour l'expérimentation des "salles de shoot"

Après plus de 4 heures de débats houleux, l'Assemblée nationale a finalement adopté le 7 avril, l'expérimentation des salles de consommation de drogue à moindre risque, plus communément appelées "salles de shoot". Elle devrait durer six ans au maximum. Soutenu par tous les groupes de gauche, l'article 9 du projet de loi de modernisation du système de santé, porteur de cette mesure, a été adopté par 50 voix contre 24, en première lecture.

Ces salles, déjà expérimentées dans une dizaine d'autres pays (la plus ancienne en Suisse a été créée il y a trente ans) sont destinées à des toxicomanes majeurs précarisés, qui consomment dans des conditions d'hygiène précaires, souvent forcés de se cacher dans des lieux publics insalubres.  "Des gens qui ont disparu des radars de notre société" et échappent à tous les dispositifs existants, selon la présidente PS de la commission des Affaires sociales Catherine Lemorton, pharmacienne de profession et "avec 15 ans d'expérience dans un réseau de réduction des risques à Toulouse". En effet, une partie des d'usagers d'héroïne, par exemple, est totalement coupée depuis des années des offres de soins ou de dépistages.

Les salles de shoot pour réduire le nombre d'infections

Ces salles, qui ont fait leurs preuves à l'étranger (1), visent à réduire les risques d'infections liés à la consommation de drogues, comme la transmission du VIH ou du virus de l'hépatite C. Selon un rapport de l'Inserm de 2010, "le partage des matériels de préparation du produit ou des matériels pour la réalisation de l’injection est le principal facteur de risque de transmission du virus de l'hépatite C (VHC) des personnes ayant recours à la voie injectable". 60% des usagers de drogues seraient atteints de cette maladie. Pour beaucoup, la salle de shoot pourrait aussi être un premier lieu de rencontre entre ces usagers et le personnel médical, donc un premier pas vers une prise en charge adaptée. 

Il s'agira de locaux gérés par les professionnels des centres d'accueil et d'accompagnement à la réduction des risques chez les usagers de drogues (CAARUD) où sera autorisée la consommation des substances illicites apportées par ces toxicomanes dans la limite de leur consommation, sous la supervision d'une équipe pluridisciplinaire, avec des professionnels de santé et du secteur médico-social.

Le personnel des CAARUD est déjà habilité depuis des dizaines d'années à délivrer gratuitement du matériel d'injection propre et jetable. Une mesure, qui, dans les années 90, avait elle aussi fait grand bruit au sein des élus de droite, mais qui est désormais totalement acceptée. Depuis la mise en place des seringues en vente libre en pharmacie en 1987 pour lutter contre l'épidémie de Sida, le part d'usagers de drogues affectés par le VIH est passée de 55% à 11% en 2010.

Des oppositions idéologiques

Les toxicomanes détenant pour leur seul usage et consommant des stupéfiants dans ces salles ne pourront être poursuivis pour usage et détention illicite. De même, les professionnels intervenant dans ces salles ne pourront pas être poursuivis pour complicité d'usage illicite de stupéfiants notamment, s'ils agissent conformément à leur mission de supervision.

L'UMP, qui a défendu moults amendements de suppression et prôné plutôt sevrage et abstinence, a dénoncé ces salles comme inefficaces à diminuer le nombre de toxicomanes. Seulement l'objectif de ces salles n'est pas directement de faire sortir les usagers de drogues de leur addiction, mais bien de leur éviter la transmission de maladies mortelles. Autre argument des détracteurs des salles de shoot : le risque d'overdose à l'intérieur même de ces lieux. Or, l'expérimentation prévoit que le personnel de ces salles analyse chaque dose avant toute injection, pour éviter ainsi tout risque de surconsommation.

Plusieurs villes concernées

"Arrêtez de vouloir faire peur : il ne s'agit nullement d'ouvrir des salles partout en France pour toujours, mais de répondre à des réalités", a lancé la "députée de la gare du Nord (où la première salle de shoot devrait ouvrir ndlr)" Seybah Dagoma (PS). Outre Paris, d'autres villes pourraient expérimenter ces dispositifs, comme Bordeaux ou encore Strasbourg.

Quant au gouvernement, sa position contre "la dépénalisation des drogues douces n'a jamais varié depuis 2012", a assuré la ministre. Le coût des salles de shoot est estimé à environ 800.000 euros par an, soit à peine 0,2% du budget total consacré à la prévention et à la lutte contre les addictions.

(1) Allemagne, Suisse, Canada, Norvège, Australie, Portugal, Luxembourg, Espagne, Pays-Bas, …