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AVC : pourquoi la prise en charge des femmes diffère de celle des hommes ?

Après un AVC, les femmes reçoivent moins souvent un traitement thrombolytique par intraveineuse que les hommes, selon des chercheurs américains. En cause : une différence de symptômes et de caractéristiques cliniques entre les sexes.

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AVC : pourquoi la prise en charge des femmes diffère de celle des hommes ?
Image d'illustration. Crédits Photo : © Shutterstock / sfam_photo  

Pourquoi les femmes et les hommes ne reçoivent-ils pas les mêmes traitements après un accident vasculaire cérébral (AVC) ? C’est la question que posent des chercheurs en épidémiologie et en biostatistiques de l’université du Michigan (États-Unis).

Dans l’étude qu’ils publient le 10 juin dans la revue Neurology, ils relèvent qu’après un AVC, les femmes reçoivent moins souvent de traitement thrombolytique par intraveineuse que les hommes. Ce type de traitement consiste à injecter une molécule dans le sang qui dissout les caillots obstruant les vaisseaux sanguins à l’origine de l’AVC.

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13% de chance en moins pour les femmes

Cette étude fait suite à une précédente publication qui montrait qu’entre 2000 et 2008, les femmes avaient 30% de chance en moins que les hommes de recevoir un traitement de thrombolyse pour un AVC.

Ce pourcentage a-t-il évolué en l’espace d’une décennie ? Pour le savoir, les chercheurs américains ont analysé les publications scientifiques qui recensaient les traitements des AVC ischémiques1 entre 2008 et 2018. Parmi ces publications, 24 études comportaient suffisamment de données pour évaluer analyser les différences de traitement entre les sexes.

Résultat : en moyenne, les femmes ont toujours 13% de chance en moins que les hommes de recevoir ce type de traitement. "Les études récentes montrent que les femmes victimes d'une attaque cérébrale ont moins de chances que les hommes d'être traitées par intraveineuse de thrombolytique. Toutefois, l'ampleur de cette différence s'est réduite par rapport aux études publiées avant 2008" concluent les chercheurs dans leur étude.

Or, étant donnée le nombre élevé d’AVC, "même une petite différence pourrait se traduire par un grand nombre de femmes non traitées" s’inquiètent les chercheurs.

Des symptômes "non traditionnels" chez les femmes

Mais pourquoi cette différence de traitement persiste, même si l’écart a diminué ? Première hypothèse, selon les auteurs de l’étude : cette différence de traitement découle de la différence entre les caractéristiques des hommes qui font un AVC et celles des femmes. Le plus souvent, les femmes victimes d’un AVC présentent ainsi "un âge plus avancé, des profils de comorbidité différents, une plus grande gravité de l'AVC et une plus grande probabilité d'être veuve ou de vivre seule, ce qui affecte leur admissibilité au traitement par intraveineuse" détaillent les chercheurs.

Autre explication possible : le tableau clinique des femmes qui souffrent d’un AVC diffère suffisamment de celui des hommes pour affecter la prise de décision du traitement. En effet, les femmes présentent plus souvent des symptômes "non traditionnels" tels qu’une altération de l’état mental, une faiblesse généralisée ou encore une incontinence urinaire. Un phénomène qui pourrait donc retarder le diagnostic et le traitement.

La dernière hypothèse explicative présentée dans l’étude s’appuie sur les différences de préférence entre les sexes. Ainsi, selon les auteurs, les femmes seraient de manière générale moins enclines à accepter une intra-veineuse de médicament thrombolytique que les hommes. Elles seraient en effet "moins confiantes et plus réticentes au risque dans leurs décisions que les hommes" avancent les chercheurs.

Un rapport bénéfice-risque différent entre les sexes ?

Mais gare aux conclusions hâtives. Cette étude ne porte que sur 24 publications et comporte beaucoup d’inconnues. Pour Louis Caplan, professeur en neurologie à l’université d’Harvard, qui n’a pas pris part à l’étude, ces résultats ne signifient pas forcément que les femmes sont insuffisamment traitées. "Elles n’avaient peut-être pas de lésions vasculaires pour lesquelles le rapport bénéfice-risque favoriserait ce type de traitement" confie-t-il au site Medscape Medical News.

Davantage d’études sont désormais nécessaires pour confirmer l’existence d’une différence de traitement d’une part, et pour comprendre si cette différence est justifiée ou non.

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1 Un AVC ischémique est un AVC lié à l'obstruction d'une artère cérébrale par un caillot sanguin, ou thrombus.

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