Certains orteils sont plus difficiles que d'autres à identifier !
Certains orteils sont plus difficiles que d'autres à identifier !

Parviendrez-vous à reconnaître tous vos orteils les yeux fermés ?

Identifier correctement lequel de nos orteils est touché lorsque nous avons les yeux fermés serait plus difficile qu'il n'y paraît, selon des chercheurs britanniques. Leur étude pourrait apporter une meilleure compréhension des maladies qui entraînent une vision erronée du corps, telle que l'anorexie mentale.

La rédaction d'AlloDocteurs
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Rédigé le , mis à jour le

Ne sous-estimez pas vos orteils : ils sont capables de faire planter votre cerveau ! Pour tenter l'expérience, il vous suffit de demander à quelqu'un de vous toucher les orteils sans que vous ne les regardiez. Il y a des chances pour que vous soyez incapable d'identifier correctement lequel de vos orteils a été touché.

Ce sont des chercheurs spécialisés dans les troubles de la perception humaine à  l'Université d'Oxford (Royaume-Uni) qui en sont arrivés à cette conclusion après avoir étudier le lien sensitif qui unissait quelques volontaires à leurs doigts de pied.

Leur expérience, dont les résultats ont été publiés lundi dans la revue Perception, s'est déroulée comme suit : les chercheurs ont demandé aux participants (7 femmes et 13 hommes de 22 à 34 ans) de fermer les yeux et de poser leurs mains à plat sur un table et leurs pieds à plat sur le sol. Puis, les expérimentateurs ont poussé doucement chaque doigt et chaque orteil en demandant à leur propriétaire lequel venait d'être stimulé. 

Pour les doigts, ça n'a pas été un problème : à 99%, c'est le bon doigt qui a été reconnu lorsqu'il était touché. Mais c'est quand il a fallu que les participants identifient correctement l'orteil touché que la tâche s'est corsée : ils n'ont reconnu le bon qu'à 78%.

Nos orteils se confondent tandis que d'autres disparaissent

Cependant, tous nos orteils ne sont pas logés à la même enseigne. Ainsi, lorsqu'ils sont touchés, le gros et le petit orteil sont correctement identifiés à 94%. C'est entre les deux que ça se gâte : pour le deuxième, troisième et quatrième orteil, les réponses correctes n'ont atteint respectivement que 57%, 60% et 79% !

Par ailleurs, les chercheurs rapportent également que le deuxième orteil est souvent confondu avec le troisième, et le troisième orteil avec le quatrième. Plus étonnant : près de la moitié des participants (47%) ont déclaré avoir eu l'impression que l'un de leurs orteils manquait - en général le deuxième ou le troisième - ou alors que l'on touchait ailleurs qu'à l'endroit où ils pensaient avoir leur orteil.

Les scientifiques ont aussi relevé que ces confusions du cerveau étaient d'autant plus nombreuses lorsque le pied stimulé n'était pas le pied dominant (en général c'est le pied gauche pour un droitier et vice-versa). 

Pour notre cerveau, nous avons toujours quatre mains

Notre gros orteil occupe deux cases au lieu d'une, si bien que les autres doigts de pied chevauchent les cases suivantes.
Notre gros orteil occupe deux cases au lieu d'une, si bien que les autres doigts de pied chevauchent les cases suivantes.  —  (Schéma : Cicmil et al, 2015)

Pour expliquer cet étrange phénomène, les chercheurs avancent plusieurs hypothèses. "Nous avons suggéré un modèle dans lequel plutôt que de sentir chaque orteil séparément, le cerveau voit seulement 5 blocs", raconte dans un communiqué Nela Cicmil, première auteure de l'étude. Mais, "Les espaces entre les orteils actuels ne correspondent plus aux frontières de ces blocs" ajoute-t-elle.

Or, selon cette hypothèse, ces 5 blocs sont tous de la même taille. En effet, ils seraient basés sur la largeur des doigts : étant donné que les pieds et les mains sont semblables chez une bonne partie des mammifères, il subsisterait donc une architecture génétique commune. Le hic, c'est que notre gros orteil, essentiel à notre locomotion à deux pattes, occuperait deux blocs au lieu d'un seul, décalant ainsi la correspondance entre blocs et orteils, qui se chevauchent. De quoi expliquer la double sensation des doigts de pieds, suivant l'endroit où l'on touche.

Toutefois, il existe d'autres explications. Ainsi, les orteils seraient plus difficiles à sentir car ils sont moins indépendants et plus proches que les doigts.  A cela s'ajoute le fait que l'utilisation d'outils au fil de notre évolution a nécessité une sensibilité motrice et sensitive beaucoup plus fine dans nos mains que dans nos pieds.

Un phénomène inédit chez des personnes en bonne santé

Bien entendu, il ne s'agit ici que d'une hypothèse, et de nombreuses autres recherches seront nécessaires pour la valider, ou non. C'est d'un point de vue médical que cette étude est intéressante : "nous savions que certaines maladies pouvaient entraîner ce phénomène d'agnosie (ndlr : l'incapacité de reconnaître certains stimuli) mais ici, les personnes testées sont en bonne santé", précise Nela Cicmil. 

En effet, l'agnosie est une caractéristique de nombreuses maladies neurologiques et psychiatriques. Par exemple, les malades souffrant du syndrome de Gerstmann (une maladie neurologique) ne peuvent pas distinguer leurs doigts sans les regarder. 

Les patients souffrant d'anorexie mentale ont également une image erronée de leur corps qu'ils perçoivent plus grand ou plus gros qu'il ne l'est vraiment. "On ne comprend pas bien le pourquoi de cette perturbation, ni comment la traiter efficacement", explique Nela Cicmil. 

Selon la chercheuse, "une meilleure compréhension des mécanismes cérébraux qui entraînent des erreurs simples de représentation du corps, comme dans notre étude, nous aidera à comprendre la perturbation de l'image corporelle dans les cas plus complexes, comme l'anorexie".

Avec AFP

Etude de référence : Tactil toe agnosia and percept of a "missing toe" in healthy human. Cicmil et al. Perception, 2015 DOI: 10.1177/0301006615607122