Clitoris : savez-vous quelle zone réagit dans le cerveau quand on le stimule ?

C'est une avancée importante dans la compréhension de la sexualité féminine. Une étude localise précisément l'aire cérébrale activée par le clitoris. Et sa taille serait plus étendue chez les femmes qui ont eu davantage de rapports sexuels.

Dr Charlotte Tourmente
Dr Charlotte Tourmente
Rédigé le
Clitoris : savez-vous quelle zone réagit dans le cerveau quand on le stimule ?

Lorsqu'une partie du corps est touchée, les sensations remontent au cerveau via les nerfs et elles activent un endroit précis dans le cortex somato-sensitif, qui gère les sensations. Chaque partie du corps correspond à une aire différente du cerveau, y formant une sorte de carte corporelle.
Jusqu'ici, les chercheurs avaient du mal à identifier la zone cérébrale activée quand le clitoris est stimulé. Proche de la zone correspondant à la hanche, au genou, à celle du pied ... le mystère était entier. 

Pourquoi ce mystère ? Il s'explique en grande partie par des techniques de stimulation du clitoris peu précises (seule ou avec un ou une partenaire), pouvant entrainer le toucher simultané d'autres parties du corps. De quoi fausser les résultats. 

Le clitoris stimulé avec des jets d'air

La chercheuse Christine Heim a trouvé une méthode originale et plus ciblée. Son équipe a mis au point un objet stimulant de manière plus précise le clitoris grâce à des jets d'air. Ils ont mené une étude, publiée dans le Journal of Neuroscience en décembre 2021, sur 20 femmes de 18 à 45 ans en bonne santé. 

Grâce à une IRM fonctionnelle, ils ont pu observer de près l'activité cérébrale pendant la stimulation du clitoris, et grâce a une IRM structurelle, ils ont mesuré l'épaisseur de l'aire cérébrale analysée. 

Les chercheurs ont aussi cherché à savoir si cette aire présentait des caractéristiques différentes en fonction de l'activité sexuelle. Pour compléter leur étude, ils ont interrogé les femmes sur la fréquence de leurs rapports sexuels. 

Marina Carrère d'Encausse et Régis Boxelé présentent le rôle du clitoris
Marina Carrère d'Encausse et Régis Boxelé présentent le rôle du clitoris

Une aire cérébrale précise activée

Conclusion : la zone du cerveau activée durant la stimulation du clitoris est proche de celle de la hanche. C'est d'ailleurs la même zone cérébrale identifiée chez les hommes. 

Les chercheurs ont constaté une grande variabilité en fonction des femmes, et sa localisation précise varie pour chaque femme au sein de cette aire.

"Nous avons trouvé un lien entre l'épaisseur de l'aire génitale et la fréquence des rapports", notamment dans les 12 derniers mois, expose la chercheuse Christine Heim. "Plus il y avait de rapports sexuels, plus l'aire était épaisse." 

Cette découverte pourrait être liée à la plasticité du cerveau, qui est un phénomène bien connu. Certaines parties du cerveau se développent au fur et à mesure qu'une fonction est utilisée. Les chercheurs ont constaté que les femmes qui ont déclaré avoir des rapports sexuels fréquents avaient la zone activée plus épaisse. De nouvelles connexions se créent entre les neurones en fonction des expériences de la personne.

Toutefois, le lien de causalité n'est pas établi avec certitude. Plusieurs questions restent en suspens et l'étude ne porte que sur 20 femmes.

Une piste de recherche en cas de troubles sexuels

Ces travaux sont intéressants pour les personnes personnes souffrant de troubles sexuels.

En effet, dans une étude parue en 2013 Christine Heim, avait montré que les personnes ayant subi des violences sexuelles traumatisantes présentaient une aire génitale réduite. 

"Nous avons émis l'hypothèse, à l'époque, que cela pourrait être la réponse du cerveau afin de limiter l'effet nocif de l'abus", a-t-elle expliqué, précisant que d'autres études seraient nécessaires pour le vérifier.

La chercheuse souhaiterait désormais évaluer si certains troubles sexuels sont en lien avec une altération de l'aire génitale. Une thérapie, avec des exercices pour stimuler le clitoris et potentiellement l'aire cérébrale associée, pourrait-elle améliorer le trouble ou la fonction sexuelle en cas de mutilation sexuelle ? 

Même si le conditionnel est encore de mise, ces pistes de recherche sont prometteuses.