"Sauvons notre planète !", chronique de Farah Kesri, vétérinaire éthologue, du 24 septembre 2018
"Sauvons notre planète !", chronique de Farah Kesri, vétérinaire éthologue, du 24 septembre 2018

Sauver notre planète oui, mais comment ?

Le monde n'a jamais autant parlé de notre planète qu'aujourd'hui. Pour preuve, ce mois de septembre a particulièrement été riche en événements sur les enjeux écologiques et sur la biodiversité. De nombreuses personnes s'inquiètent de l'état de santé de notre planète. Comment être concerné par cette situation et comment la protéger ?

Farah Kesri
Rédigé le , mis à jour le

Depuis la démission de Nicolas Hulot le 28 août dernier et son interview dans la matinale de France Inter, où il avouait son échec et l'absence de troupe derrière lui, il y a eu une sorte "d'effet Hulot". Les gens s'inquiètent de l'état de santé de notre planète. Plus on avance dans le temps, et plus la peur nous envahit de voir une planète se dégrader sans pouvoir faire quoi que ce soit pour inverser la tendance.

Le 4 septembre dans le journal Le Monde, "Face au plus grand défi de l'histoire de l'humanité", 200 personnalités, dont une majorité d'artistes, lancent un appel aux politiques. Suivi le 7 septembre dans Libération du SOS de 700 scientifiques. Le 8 septembre, en France, 115.000 personnes défilent, 50.000 rien qu'à Paris. Une marche citoyenne pour le climat avait été lancée sur les réseaux sociaux par un internaute de 27 ans (Maxime Lelong) qui jusque là n'avait jamais manifesté.

La date du 8 est choisie pour coïncider avec une marche mondiale "Rise for Climate" (800 rassemblements). Le 10 septembre, le Secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, s'en mêle et rappelle que nous n'avons plus que deux ans pour agir, après quoi il serait trop tard ! Enfin, le 14 septembre s'est achevé le sommet sur le changement climatique à San Francisco et le vice-président de l'ONG Conservation International pousse un cri de colère qui a fait le tour du monde.

L'écologie au coeur des préoccupations des politiques ?

Harrison Ford se pose en Indiana Jones du climat. Il dénonce la politique libérale qui détruit l'environnement et réclame haut et fort que l'écologie soit au coeur des préoccupations des politiques et qu'on arrête de faire de l'écologie à petits pas.

Si ça ne bouge pas assez vite, c'est aussi parce qu'il est difficile de rendre crédible l'imminence de la catastrophe écologique. Malgré toutes les communications scientifiques et l'été meurtrier que le monde a vécu (incendies, cyclones et canicule...), beaucoup ont du mal à y croire. Selon une chercheuse en neurosciences comportementales, Sylvie Granon, notre cerveau est atteint d'une sorte d'amnésie environnementale car nos modes de vie nous coupent de la nature. Notre cerveau est incapable de se représenter des phénomènes de long terme. Comme cela est trop anxiogène, nous plongeons dans le déni.

Le message de Lambert Wilson pour l'environnement

Dans une interview pour le média Brut, Lambert Wilson dit qu'une des missions du documentaire "Un nouveau jour sur Terre" est de créer un choc visuel pour déclencher une prise de conscience sur la fragilité des écosystèmes. Une fragilité malheureusement bien réelle. Le changement climatique peut affecter les animaux en limitant leur accès à l'eau ou à la nourriture, en répandant des maladies et en réduisant les habitats. La température influe de façon négative la reproduction de différentes espèces.

La population des vertébrés a chuté de 58% en 42 ans. Plus d'un oiseau sur huit, près d'un reptile sur cinq et un mammifère sur quatre sont aujourd'hui menacés d'extinction. Les primates et les éléphants sont parmi les plus concernés, notamment parce qu'ils ne se reproduisent pas vite et s'adaptent lentement. Une baisse de 40% des populations de girafes a été observée en Afrique en 30 ans. Pour les oiseaux, c'est encore plus rapide. Dès que leur habitat est anéanti, ils disparaissent. Huit espèces d'oiseaux ont disparu ces dix dernières années. L'ara de Spix, espèce endémique de la forêt amazonienne au Brésil, le personnage du film d'animation Rio, est officiellement éteint à l'état sauvage.

Des extinctions d'espèces qui existent aussi en France

Loup, lynx, cachalot, musaraigne, chauve-souris... Il y a un an, une liste des animaux menacés de disparition en France a été publiée par l'Union internationale pour la conservation de la nature et le Muséum national d'histoire naturelle. La menace concerne un tiers des mammifères français. Mais d'ores et déjà, le bouquetin des Pyrénées, l'ange de mer qui est un requin plat, et le vison d'Europe ont disparu.

Selon des chercheurs du CNRS, en 15 ans, un tiers des oiseaux ont disparu des campagnes françaises et l'extinction s'accélère à une vitesse vertigineuse ces deux dernières années. L'alouette des champs, les bécassines des marrées, les Chardonnet sont des espèces "vulnérables" et menacées d'extinction. Les oiseaux que vous aimez écouter à la campagne, ne siffleront bientôt plus.

Que peut-on faire concrètement maintenant ?

A l'échelle individuelle, réduire notre consommation d'énergie et réduire la production de gaz à effet de serre, consommer en circuit court, manger moins de viande et surtout maintenir la pression sur les politiques pour qu'ils comprennent qu'il s'agit d'une priorité pour les citoyens.

En 2002, au sommet de la Terre, Jacques Chirac avait eu cette formule célèbre : "Notre maison brûle et nous regardons ailleurs". On pourrait dire aujourd'hui : "Notre maison brûle, et nous la regardons brûler". Et le pire, c'est que nous sommes à l'intérieur.