Surirradiés d'Epinal : trois peines de prison ferme requises

Après avoir dénoncé des fautes "inadmissibles", les deux vice-procureurs ont requis mardi 23 octobre 2012, trois ans de prison dont un an ferme contre le radiophysicien de l'hôpital et quatre ans, dont dix-huit mois ferme, contre les deux médecins radiothérapeutes. Déçues et en colère, les victimes et leurs familles ont vivement critiqué les réquisitions jugées "trop faibles" dans l'affaire, qui reste à ce jour le plus grave accident de radiothérapie recensé en France.

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Surirradiés d'Epinal : trois peines de prison ferme requises
Surirradiés d'Epinal : trois peines de prison ferme requises

Mardi 23 octobre 2012, près d'un mois après l'ouverture du procès des "surirradiés" d'Epinal, la parole était au parquet pour son réquisitoire. Les deux vice-procureurs, Marie-Odile Dejust et Dominique Perard ont livré leur analyse des responsabilités des sept prévenus dans le drame de l'hôpital Jean-Monent d'Epinal.

Procès des "surirradiés" d'Epinal : le réquisitoire

Au cœur de l'affaire, le radiophysicien Joshua Anah, chargé du paramétrage des appareils, a tour à tour été fustigé par les deux représentantes du parquet pour sa "désinvolture", son manque de "conscience professionnelle" et de "bon sens".

C'est lui qui, en mai 2004, était chargé de la mise en place d'un nouveau protocole de radiothérapie permettant de limiter les rayons sur les organes non ciblés par le traitement.

Lors du changement de protocole, il avait commis des erreurs de paramétrage responsable de la "surirradiation" de 24 patients traités pour un cancer. Le ministère public a aussi estimé son rôle prépondérant dans le second dysfonctionnement de l'affaire : l'absence de prise en compte dans le calcul des radiations, des doses déjà délivrées lors des contrôles radiologiques.

Ce sont ces erreurs graves qui, selon les deux représentantes du parquet, l'ont rendu coupable d'homicides et de blessures involontaires, de non-assistance à personne en danger et de destruction de preuves.

L'infraction d'homicides et de blessures involontaires n'a, en revanche, pas été retenue contre les deux médecins radiothérapeutes, Michel Aubertel et Jean-François Sztermer, devant leur incompétence technique dans le domaine de Mr Anah.

Accusé de non-assistance à personne en danger et de destructions de preuve, les deux médecins encourent quatre ans de prison dont 18 mois ferme et une interdiction d'exercer.

"Au lieu d'écouter et de sauver les malades", ils "ont voulu se sauver eux-mêmes", allant jusqu'à se faire complices de modifications de dossiers médicaux pour "dissimuler les preuves" des surdoses. Ce sont ces faits qui justifient des réquisitions au final plus lourdes que pour le physicien.

Déception et colère des victimes

Après le réquisitoire, Mme Ghislaine Levrey, la fille d'une victime s'est indignée : "Ces réquisitions nous surprennent. Ce n'est pas à la hauteur de ce qu'on attendait : pour mon père, cela fait six ans qu'il souffre ; pour eux, on ne demande qu'un an ferme, ca n'est pas assez, c'est une injustice".

Comme sa famille, 450 autres ont été touchées par le drame survenu à Epinal. Entre 2001 et 2006, les 450 personnes tous traitées pour des cancers de la prostate ont été victimes de surdoses de radiation à l'hôpital d'Epinal, sept en sont mortes.

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