Puberté : de plus en plus précoce

Au cours de la dernière génération, l’âge de la puberté est passé de 10 ans et 3 mois en moyenne à environ 9 ans, avançant d'un an et demi en moyenne. Le Pr. Charles Sultan, chef du service d'endocrinologie au CHU de Montpellier, le constate tous les jours et se dit préoccupé.

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Puberté : de plus en plus précoce
Puberté : de plus en plus précoce

De plus en plus de petites filles deviennent pubères très tôt. En 1850, en Europe et aux Etats-Unis, les premières règles survenaient vers l’âge de 17 ans. Aujourd'hui, l'âge moyen des premières règles est à 12,6 ans. Mais les cas de pubertés ultra-précoces avec l'apparition des seins avant l'âge de 8 ans et des règles avant 10 ans, ne sont plus si rares.

Le Pr. Charles Sultan, chef du service d'endocrinologie au CHU de Montpellier, le constate tous les jours et se dit préoccupé. "Les consultations pour ces problèmes d'avance pubertaire ont doublé voire triplé en quelques années. On voit de plus en plus de fillettes avec un développement des glandes mammaires à 6 ou 7 ans."

Le surpoids, déclencheur de puberté

Plusieurs facteurs peuvent expliquer ce phénomène. Notre alimentation s'est améliorée par rapport au siècle dernier, entraînant un arrêt de la croissance plus tôt qu'avant.

18 % des petits Européens sont aujourd'hui en surpoids. Un chiffre qui pourrait monter à 25 % en 2020, d'après l'Insee. Or les petites filles en surpoids sont plus souvent concernées par les problèmes de puberté précoce. "Plus une petite fille est en surpoids, plus elle risque une puberté précoce, car le tissu adipeux synthétise les oestrogènes déclencheurs de puberté", met en garde le Pr. Sultan.

En cause également, notre environnement. Les substances chimiques (phtalates, phénols, phytp-oestrogènes..) sont omniprésentes dans la nourriture, les emballages, les jouets ou les cosmétiques. "L'impact de ces perturbateurs endocriniens est évident, assure le Pr. Sultan. Leur activité oestrogénique peut dérégler le système hormonal, accélérer la puberté et provoquer des malformations génitales."

Première conséquence : l'arrêt de la croissance

Première répercussion, la taille de l'enfant. La puberté précoce accélère la maturation du squelette, mais freine sa croissance. Les os deviennent mâtures alors qu'ils auraient dû continuer à s'allonger. L'enfant fait une poussée brutale, mais s'arrête de grandir, 10 cm avant la taille qu'il aurait dû atteindre.

A plus long terme aussi, la puberté précoce entraîne de graves conséquences. Elle favoriserait un risque accru de maladies cardio-vasculaires ou de cancers hormono-dépendants au cours de la vie adulte. 

"Les conséquences de l'oestrogénisation précoce sont énormes, des troubles métaboliques, des cancers du sein ou de l'utérus à l’âge adulte... Mais aussi des conséquences psychosociales importantes pour ces petites lolitas, cela peut aller jusqu'à la délinquance et de graves dépressions. Or il n'existe pas de structures pour évaluer ces problématiques à moyen terme sur 10-15 ans. Et nous ne pouvons pas suivre ces jeunes filles faute de temps et de moyens."

Que faire ?

Un endocrinologue prescrit un traitement hormonal pour bloquer l'évolution de la puberté de l'enfant. Lorsque la petite fille devient adolescente, le traitement est arrêté. Sa puberté peut alors repartir normalement.

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 Ailleurs sur le web :

  • Environmental Health Perspectives
    "Investigation of Relationships between Urinary Biomarkers of Phytoestrogens, Phthalates, and Phenols and Pubertal Stages in Girls", étude américaine parue le 22 mars 2010