Le vélo, une pratique à risque sexuel ?

On connaissait le risque de chute lié au cyclisme, d'accident de la voie publique, voici désormais les troubles de la sexualité. Les conséquences du cyclisme sur la sexualité sont en effet bien réelles, et de plus en plus étudiées. Troubles de l'érection, douleurs, diminution de la sensibilité au niveau du périnée... les répercussions touchent aussi bien les hommes que les femmes.

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Le vélo, une pratique à risque sexuel ?
Le vélo, une pratique à risque sexuel ?
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Chez les hommes : troubles de l'érection, troisième testicule, prostatite

Le cyclisme, un sport dangereux pour la sexualité masculine ? On pourrait le croire à la lecture de diverses études alarmant sur les conséquences sexuelles de ce sport.

En 2007, une revue systématique (synthèse d'études), The vicious cycling: bicycling related urogenital disorders, avait tiré l'alerte et mis en garde les urologues : gare aux troubles causés par la pratique du cyclisme, telle que la dysfonction érectile, la compression du nerf pudendal (appelée syndrome d'Alcock), la prostatite et l'élévation du PSA. Des lésions telles que le troisième testicule ou l'hygroma peuvent également survenir.

La dysfonction érectile

Le Dr Desvaux, sexologue, explique ainsi la survenue d'un trouble de l'érection :

"Il y a un conflit entre la selle et les os du bassin (les ischions), où se situe le canal d'Alcock, un canal par où passent l'artère et le nerf pudendal qui servent à l'érection. Donc si le nerf et l'artère sont coincés trop longtemps et trop souvent, cela peut entraîner des lésions et donc une dysfonction érectile".

Une méta-analyse datant de 2005 avait rassemblé les études réalisées entre 1999 et 2004 pour synthétiser les données concernant les cyclistes et les troubles de l'érection. Elles les expliquaient par la compression du périnée et des artères vascularisant le pénis, induisant une diminution de la perfusion de celui-ci, ainsi que par des lésions de l'endothélium (la couche intérieure de l'artère en contact avec le sang). Une autre étude, publiée en 2007, Bicycle riding, perineal trauma, and erectile dysfunction, estime que le cyclisme, via un traumatisme du périnée, du pénis et du pelvis, peut entraîner secondairement une dysfonction érectile (par atteinte de l'endothélium des vaisseaux, du nerf honteux, des corps caverneux du pénis).

"Le premier signe à alerter est souvent une difficulté à uriner, détaille le Dr Desvaux. Les cyclistes professionnels le savent bien, accompagnée d'une sensation de ne pas sentir son pénis. Donc même si l'on est amateur, toute modification de la sensibilité du pénis doit faire consulter !".

Pour déterminer à partir de quelle intensité de pratique l'érection était menacée, des données extraites de la grande étude Massachusetts Male Aging Study (MMAS) ont été analysées : le résultat mentionnait 3 heures ou plus de vélo par semaine. De quoi alerter les cyclistes du dimanche qui partent souvent pour quelques heures… Pas de panique pour autant, cette association doit tout de même être précisée, avec davantage de sujets.

Hygroma et troisième testicule…

D'autres lésions peuvent survenir chez les cyclistes après une pratique intensive (plus de 10.000 km par an). Le Dr Menuet, médecin du sport, y a consacré plusieurs articles dans le cadre du retentissement du vélo sur le périnée et la sexualité ; ils sont consultables sur son site Internet de Conseils en médecine du sport.

L'hygroma est une inflammation d'une bourse séreuse, un coussinet qui protège les tendons en regard de la tubérosité ischiatique, un relief osseux situé au niveau des os du bassin, entre le scrotum et l'anus. La compression répétée entraîne une tuméfaction rouge, qui fait mal et la bourse se remplit alors de liquide synovial en réaction à l'inflammation. Si l'hygroma est pris en charge rapidement, une infiltration de corticoïdes peut suffire mais si ce n'est pas le cas, une intervention chirurgicale sera nécessaire pour retirer l'hygroma.

Le troisième testicule est une autre lésion, atteignant comme son nom l'indique la taille d'un testicule, parfois plus. Il survient chez les cyclistes soumis à de grosses charges d'entraînements. Cette fois-ci, il s'agit d'un nodule solide, qui ne contient pas de liquide, à l'inverse de l'hygroma et qui se développe derrière les bourses. Sa taille peut gêner la pratique du vélo, rendant l'assise sur la selle et le pédalage difficiles. Le traitement fait appel aux anti-inflammatoire puis à la chirurgie s'ils sont insuffisants, ajoute le Dr Desvaux.

La prostate aussi

Autre affection potentiellement liée au cyclisme : la prostatite. "Je n'en ai jamais vu, relativise le Dr Desvaux, mais cela peut jouer par le biais de la circulation sanguine. Ce n'est pas développé chez les cyclistes du dimanche". Et d'après le sexologue, ce que l'on sait avec certitude, à l'inverse, c'est que relâcher la prostate et mieux la vasculariser, diminuent les symptômes urinaires".

D'après le Dr Menuet, le PSA, Prostatic Specific Antigen, dosé pour rechercher un cancer de la prostate pourrait également subir une augmentation à cause de la compression de la prostate lors de la pratique du cyclisme. Il conseille par conséquent d'attendre un délai de troid jours de repos cycliste pour doser le PSA. "En pratique, chez les gens qui ont un PSA sans problème, je ne donne pas d'instruction particulière, évalue le Dr Desvaux, hormis de ne pas avoir d'éjaculation (rapport sexuel ou masturbation) la veille au soir. Mais chez ceux qui ont eu une activité cycliste importante, je leur dis d'attendre un peu."

Chez les femmes : engourdissements, douleurs...

Chez les cyclistes femmes, on a pu observer des difficultés sexuelles à type d'engourdissement et de douleurs, par compression du nerf pudendal.

La peau et les muqueuses, affectées aussi…  

A force de passer du temps sur sa selle, le cycliste risque des lésions de frottement, des douleurs au niveau des tubérosités ischiatiques, des mycoses ou encore des prolapsus hémorroïdaires et des kystes épidermiques... De quoi donner envie d'abandonner sur son deux roues favori !

Ainsi, une étude de 2006 (Genital sensation and sexual function in women bicyclists and runners: are your feet safer than your seat ?, publiée dans le Journal of sexual medicine) montrait que qu'il y avait une association entre la pratique de compétitions de cyclisme et les sensations au niveau génital et les organes génitaux, chez les femmes pratiquant des compétitions de cyclisme. Mais aucun effet sur la sexualité et sur la qualité de vie n'avait été retrouvé.

Une chercheuse américaine, le Dr Guess, s'était penchée en 2011 sur le cas des cyclistes femmes, qui se plaignaient de douleurs au niveau génital, d'engourdissement et d'œdème au niveau du périnée (étude source : Women's bike seats: a pressing matter for competitive female cyclists). Elle avait montré que certaines formes de selles affectaient la pression mais il n'y avait pas de lien apparent sur la sensibilité du nerf pudendal. Elle concluait toutefois que d'autres études étaient indispensables pour vérifier le retentissement à long terme sur le nerf et sur la sexualité.

Enfin, une autre étude, The bar sinister: does handlebar level damage the pelvic floor in female cyclists ?, a montré en 2012 que les guidons positionnés plus bas que les selles étaient associés à une augmentation des pressions au niveau du périnée et une diminution des sensations génitales. Les auteurs avaient donc conclu que de meilleurs réglages pourraient peut-être diminuer les neuropathies chez les femmes cyclistes. 

Mieux vaut prévenir que guérir

Hors de question d'abandonner son vélo et de délaisser une activité physique de crainte d'un retentissement sexuel ! Tout est question de mesure et quelques astuces permettent d'assouvir sa passion en toute sécurité.

Afin d'éviter tous ces troubles, les recherches ont porté sur l'amélioration des connaissances sur le design du vélo. Types de selles et position du cycliste ont été étudiées et plusieurs études ont été publiées à ce propos. 

Bonne nouvelle, rassurent les auteurs d'une étude publiée en 2010 dans le Journal of Sexual Medicine (Bicycle Riding and Erectile Dysfunction) : en choisissant certains types de selle et de vélo, en adaptant sa position sur le vélo, il est tout à fait possible de minimiser les pressions sur la région périnéale.

Ce que confirme le Dr Desvaux : "Il y a des règles de bonnes pratiques, avoir une selle adaptée, si on n'est pas un compétiteur de haut niveau, remonter son guidon un peu puis tous les 10 km, rester debout sur les pédales pour libérer un peu les choses. Et s'il y a le moindre trouble de la sensibilité, il faut aller voir le médecin du sport".

Une selle choisie avec soin

En conclusion, la selle optimale est une "selle large, "à nez raccourci", non rembourrée et qui permet un placement correct des os en s'asseyant dessus." La revue systématique Erectile dysfunction and amatorial cycling, datant de 2008, recommande que la partie postérieure de la selle soit aussi large que les tubérosités ischiatiques (les os que l'on peut sentir saillir lorsque l'on est assis), avec une selle adaptée à la morphologie du cycliste.

Un vélo de route

Ils conseillent également de délaisser les vélos de montage (mountain bikes), associés à un risque plus élevé de dysfonction érectile, au profit des vélos de route. Et ils vont même jusqu'à recommander le vélo couché, tout en convenant que ce n'est pas une option très pratique ! Le moins que l'on puisse dire en ville...

Un guidon réglé plus haut que la selle

Un réglage adéquat du guidon, au-dessus de la selle, est essentiel : inutile de jouer les cyclistes professionnels, avec un guidon plus bas que la selle, néfaste pour la sexualité. Positionner son guidon au-delà de la hauteur de la selle est vivement recommandé.

Se mettre debout sur les pédales

Régulièrement, il est important de quitter la position assise pour se lever sur ses pédales. Le but ? Libérer un peu le périnée, toutes les 10 minutes selon les auteurs de l'article.

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