L'inexorable progression des infections fongiques invasives

Les mycoses invasives ont été responsables de 9.889 décès entre 2001 et 2010, selon étude publiée dans le dernier bulletin épidémiologique de l'Institut de Veille Sanitaitre (InVS). Ces dernières années, la progression de ces infections en milieu hospitalier apparaît particulièrement préoccupante. Elle correspond à tendance générale observée sur la même période dans la plupart des pays industrialisés.

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L'inexorable progression des infections fongiques invasives
L'inexorable progression des infections fongiques invasives

Pour conduire cette étude épidémiologique, les chercheurs de l'InVS se sont basés sur les données rapportées de 2001 à 2010 via le Programme de médicalisation des systèmes d'information (PMSI). Sur cette période, 35.876 épisodes d'infection fongique invasive (IFI) dus à cinq genres de champignons ont été identifiés. Ce chiffre correspond à une incidence moyenne de 5,9 cas pour 100.000 personnes, annuellement, en France métropolitaine.

Les candidoses invasives sont des infections provoquées par des levures du genre Candida. Après s'être développé sur la peau ou à l'intérieur de la bouche, de l'appareil urogénital ou dans le tube digestif, la candidose essaime par voie sanguine. L'infection peut alors toucher le cerveau (méningite, abcès du cerveau), l'œil (rétinite septique), le cœur (endocardite), les poumons, le foie, la rate, les reins et les voies urinaires hautes.

Les pneumocystoses sont pour leur part dues à un champignon microscopique, Pneumocystis jirovecii, qui infecte les voies respiratoires. Les premiers symptômes de la maladie sont une toux sèche, une fièvre et un essoufflement. Après quelques semaines, le malade respire de plus en plus difficilement, et la peau se cyanose (prend une couleur bleutée).

Les aspergilloses invasives, enfin, sont associées au développement d'un champignon du genre Aspergillus. L'inhalation des spores provoque l'infection. Les aspergilloses pulmonaires invasives se manifestent par des symptômes respiratoires : toux, fièvre, dyspnée et hémoptysie, avec, sur la radiographie du thorax, des opacités plus ou moins diffuses.

Source : Larousse médical

Sur ces 35.876 cas, un total de 9.889 décès ont été enregistrés, portant la létalité de l'ensemble de ces infections à 27,6%. Les infections sont majoritairement (43,3%) des candidoses invasives (causées par un champignon du genre Candida), des pneumocystoses (26,1%) et des aspergilloses invasives (23,9%).

La croissance soutenue des infections les plus graves

Si, sur dix ans, les pneumocystoses tendent à décliner, les cas de candidoses et aspergilloses invasives ont respectivement augmenté, chaque année, de 7,8% et 4,4% en moyenne. Ces deux infections sont de loin les plus létales, respectivement associées à 40% et 28,5% des cas de décès recensés.

Les chercheurs observent l'incidence croissante des principales infections auprès des personnes atteintes de cancers ou de maladies du sang (hémopathies). De façon spécifique, les candidoses invasives touchent chaque année 8,3% de personnes diabétiques de plus que l'année précédente, chiffre porté à 10,3% pour celles souffrant d'insuffisance rénale. Cette dernière affection est également le terrain privilégié des aspergilloses (+21% par an) et des pneumocystoses (+13,5% par an).

Les personnes immunodéprimées sont la principale cible des mycoses invasives. La croissance annuelle de 13% des pneumocystoses chez les personnes ayant bénéficié d'une transplantation d'organe s'explique ainsi partiellement par l'emploi d'immunosuppresseurs durant les greffes (pour réduire les risques de rejets).

Vers une meilleure prise en charge pour limiter la progression

"Il est probable que [la progression globale des IFI] persiste dans les années à venir, accompagnée d’une augmentation de la mortalité", notent les auteurs de l'étude, prenant en considération l'augmentation du nombre personnes à risque au sein de la population, du fait du vieillissement ou de la croissance tendancielle des cas de diabète.

De fait, les résultats présentés par l'InVS reflètent une tendance observée dans de nombreux pays industrialisés.

"Ces constats, poursuivent les auteurs, [doivent conduire] à engager une réflexion sur l’évolution de la prise en charge des patients présentant une IFI (réduction des délais diagnostiques par une sensibilisation des praticiens et une meilleure description des facteurs de risque, amélioration des connaissances quant aux schémas thérapeutiques…), pour limiter au maximum [cette progression des infections]."

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