Exposition aux solvants : des troubles cognitifs sur le long terme

Inhaler des solvants entraîne des effets nets, à court terme, sur les capacités cognitives. Pour déterminer si une exposition professionnelle répétée entraîne des séquelles neurologiques à long terme, des chercheurs ont fait passer une série de tests à 2.143 anciens travailleurs. Les personnes les plus fortement exposées à ces composés chimiques par le passé ont obtenu des scores significativement plus bas que celles peu ou pas exposées.

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Exposition aux solvants : des troubles cognitifs sur le long terme
Les solvants semblent entrainer des troubles cognitifs sur le long terme

Selon ces travaux, publiés le 12 mai 2014 dans la revue Neurology, une exposition prolongée à des solvants durant la vie professionnelle entraîne des séquelles cognitives à long terme très nettement mesurables.

Les solvants sont des substances qui peuvent en diluer ou en dissoudre d'autres, sans en modifier la composition chimique. Ils peuvent servir à nettoyer les métaux, diluer les peintures, décaper les vernis, purifier les parfums lors de leur fabrication...

Comme le rappelle l'Inserm, une exposition répétée (ou chronique) aux solvants peut provoquer des cancers et être néfaste pour la fertilité. Elle peut aussi être à l'origine de troubles de la motricité, de dépression et de troubles cognitifs (intellectuels).

La chercheuse Claudine Berr et ses collaborateurs se sont intéressés au cas de 2.143 hommes, en retraite depuis 10 ans en moyenne. Au cours de leur carrière, un tiers d'entre eux avaient été exposés à des solvants chlorés, un quart à des dérivés du pétrole, et un quart au benzène (ou à ses dérivés).

Les sujets se sont soumis à plusieurs séries de tests cognitifs (associer des symboles à des valeurs en suivant un modèle, citer en une minute le maximum de mots commençant une lettre définie, etc.).

Comparés aux personnes peu ou pas exposées aux solvants au cours de leur carrière, les individus les plus exposés tendaient à obtenir des scores inférieurs à la moitié des tests proposés.

Ce constat est valide pour les trois types de solvants étudiés. Toutefois, les données suggèrent que cet effet pourrait être plus important en cas d'exposition aux solvants chlorés.

"[Ces résultats montrent que] ces salariés gardent les traces de leur exposition au travail, même s'ils sont à la retraite et même si cette exposition n'est plus présente depuis longtemps", insiste le Dr Berr dans un communiqué. "Les médecins traitants doivent faire plus attention à ces patients, par exemple en prenant en charge les autres facteurs de risque de déclin cognitif sur lesquels on peut agir : les facteurs de risque vasculaire. Ils doivent aussi les encourager à avoir plus de loisirs stimulant leurs fonctions cognitives."

L'Inserm souligne que les résultats de cette étude seront à confirmer dans la cohorte Constances qui doit suivre 200.000 personnes de 18 à 70 ans dans la population générale (20 à 25% des participants sont exposés à des solvants dans le cadre de leur profession).

Source : Time may not fully attenuate solvent-associated cognitive deficits in highly-exposed workers. E.L. Sabbath, C. Berr et coll. Neurology 13 mai 2014 doi:10.1212/WNL.0000000000000413 

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