Contre l'anorexie, une stimulation intracérébrale ?

Selon une étude canadienne, la stimulation cérébrale profonde par électrodes pourrait aider au traitement des anorexies mentales sévères.

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Contre l'anorexie, une stimulation intracérébrale ?
Contre l'anorexie, une stimulation intracérébrale ?

Une étude canadienne a été menée sur six femmes, entre 24 et 57 ans, souffrant d'anorexie mentale sévère, chez qui toutes les tentatives de traitement conventionnel avaient échoué.

L'idée a été de leur implanter des électrodes dans le crâne, pour stimuler la zone du cerveau qui régule l'humeur et l'anxiété. Les électrodes ont délivré une stimulation électrique continue pendant neuf mois. "L’anorexie mentale revêt beaucoup d'aspects, et il faut pour la traiter rechercher ses causes les plus profondes", a déclaré le Dr Nir Lipsman, qui a dirigé la recherche. "Dans beaucoup de cas, la maladie vient de la difficulté, justement, à réguler l'humeur et l'anxiété".

Sur les six patientes observées, trois d'entre elles, au bout du traitement, avaient regagné du poids, et ont réussi à le conserver - ce qui jusque-là leur avait été impossible. Les résultats de l'étude ont été publiés dans la revue médicale The Lancet.

Pas miraculeux en soi, ce traitement par électrodes était associé à la poursuite d'une psychothérapie et d'un suivi diététique.

Selon le Dr Alexandra Pham-Scottez, psychiatre à l'hôpital Sainte-Anne, à Paris, cette étude aurait sans doute été très difficile à mener en France : "C'est quand même un traitement où l'on doit ouvrir le crâne, pour mettre des électrodes sur les méninges", explique-t-elle. "Cela fait peur, et c'est un grand mérite que cette équipe canadienne ait réussi à faire accepter cette technique à des patientes. Même s'il n'y en a que six, c'est déjà ça !".

Mais ce traitement a également eu de graves conséquences sur l'une des patientes de l'étude, qui a fait une crise d'épilepsie deux semaines après la pose des électrodes. "Même si les résultats de l'étude sont intéressants, c'est un traitement à considérer avec précaution", souligne le Dr Pham-Scottez.  "Cette méthode s'inscrit en tout cas dans la continuité de ce qui existe déjà, dans les traitements des tocs sévères, de la dépression majeure ou de troubles alimentaires sévères : une stimulation magnétique transcrânienne, moins invasive bien sûr qu'une stimulation cérébrale profonde, mais avec des résultats probants".

Etude source : "Subcallosal cingulate deep brain stimulation for treatment-refractory anorexia nervosa: a phase 1 pilot trial", The Lancet, Early Online Publication, 7 March 2013, doi:10.1016/S0140-6736(12)62188-6

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