Comité d'éthique : retour sur 30 ans d'existence

La mission du Comité Consultatif National d'Ethique (CCNE) est de donner un avis. Un avis indépendant, loin des combats politiques, des esprits échauffés. Ses sujets de prédilection : les problèmes éthiques et de société soulevés par les progrès de la médecine et de la santé. À chaque fois, le CCNE réfléchit, prend du recul, dégage les enjeux, explore des solutions et offre cette réflexion aux citoyens. Rien n'oblige l'Etat à suivre les avis du CCNE. Mais son rôle dans le développement de la réflexion éthique est indéniable. L'institution fête cette année ses 30 ans.

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Comité d'éthique : retour sur 30 ans d'existence

Cela fait maintenant 30 ans que le Comité d'éthique donne son avis : 118 en tout depuis sa création. De la naissance à la fin de vie, de la science à la morale, au fil des pages s'égrainent les débats qui fondent notre société.

Le 24 février 1982, le premier bébé-éprouvette de France est né. L'image de cette petite fille conçue dans un laboratoire, de la rencontre d'un ovocyte et d'un spermatozoïde, bouleverse la société. Aux premières loges, René Frydman est l'homme par qui la FIV est arrivée en France. Selon lui, "la fécondation in vitro a été une transgression. On a vu ce qui était invisible, on a commencé à sentir que l'on pouvait toucher ou manipuler ce qui était intouchable". Pour la première fois la procréation se passe de sexualité. Et cette idée soulève des questions inédites : l'embryon peut-il être un objet de recherche ? Faut-il craindre des dérives ? La société a besoin de réfléchir.

Un an plus tard, François Mitterrand inaugurera le Comité consultatif d'éthique, le premier du genre en Europe. L'Etat suivra l'avis des Sages, et 200.000 enfants naîtront grâce à cette technique en France.

Dans les années 1990, le sida se propage. Ce sont les années de cendre. La France compte ses malades. Sur les bancs de l'Assemblée nationale, Bernard Kouchner alors ministre de la Santé inaugure le concept de la génération sida. Pour enrailler l'épidémie, l'idée de rendre le dépistage obligatoire germe. Le Comité d'éthique s'empare de la question : au nom du sida faut-il bafouer le secret médical ? Sur ce sujet, le Comité sera également entendu. Le dépistage restera anonyme.

En 1987, le premier service de soins palliatifs est inauguré. La fin de vie est un autre dossier emblématique du Comité d'éthique : lutter contre la souffrance vécue comme une atteinte à la dignité. Se posera plus tard la question de l'euthanasie avec Vincent Humbert, un jeune tétraplégique de 22 ans qui réclame le droit de mourir. Les Sages se réunissent et vont rendre un avis qui va surprendre, ils introduisent un concept qui fera date : l'exception d'euthanasie.

Cinq ans plus tard, l'Etat donnera le droit au médecin d'arrêter un traitement ou de refuser un acharnement thérapeutique dans certaines circonstances.

Sans cesse, les Sages ont nourri le débat public d'une pensée libre et indépendante. Sans cesse, la société y a puisé les idées qui l'ont fait avancer.

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