L'application Yuka condamnée pour avoir critiqué la présence de nitrites dans des charcuteries

L'application Yuka renseigne sur la qualité des produits alimentaires lorsqu'ils sont scannés. Dernièrement, leur notation a suscité la controverse auprès des fabricants de charcuterie, qui l'ont accusée de pratique commerciale déloyale.

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Scanner les codes-barres au supermarché sur l’application Yuka est devenu une habitude pour 16 millions de Français.
En un coup d’oeil, les calories et les graisses saturées s’affichent. Yuka fait aussi la guerre aux additifs, comme les nitrites, bien souvent présents dans la charcuterie, ce qui agace certains industriels.

Ce mois-ci, Yuka a été condamnée pour pratiques déloyales et trompeuses par un tribunal de commerce. Derrière cette procédure, le fabricant ABC Industrie reproche à l’application de diffuser de fausses informations sur les dangers des nitrites pour la santé.  

Yuka s'appuie sur les alertes de l'OMS

Bernard Vallat, président de la fédération française des industriels charcutiers traiteurs (FICT) :
"Les entreprises qui respectent la réglementation et qui mettent à disposition des produits savoureux et sains estiment que là, il y a un abus de droit. Ils demandent que Yuka respecte les avis scientifiques majoritaires. On traite d’empoisonneurs des personnes qui respectent parfaitement la réglementation".

Pourtant, Yuka assure se baser sur un rapport de l’OMS, qui classe les nitrites comme cancérigènes probables qui permettent une meilleure conservation de la viande.
Dans son jugement, la startup a été condamnée à verser 25 000 euros de dommages et intérêts à ABC Industrie et doit aussi retirer certaines mentions.  

Le puissant lobby de la charcuterie

"Quand je clique sur "plus d’informations sur les additifs", j’ai mon nitrite de sodium E250 et ici, sur la fiche du nitrite de sodium, j’ai dû retirer l’avis de l’OMS qui indiquait que les nitrites sont probablement cancérigènes. On a remplacé le terme "probablement cancérigène" par "probablement génotoxique’"et, à nouveau, on nous a demandé de ne plus utiliser ce terme. En gros, on ne peut plus rien dire sur les nitrites, ce qui est vraiment problématique explique Julie Chapon, co-fondatrice de Yuka.

A la fois, cette décision, nous étonne et à la fois on n’était pas non plus complètement surpris parce qu’on sait le poids du lobbying en France et partout dans le monde". Yuka a fait appel de la décision, c'est la 3ème assignation en justice contre l’application en quelques mois.

Fin de la liberté d'expression

Raphaël Bartlomé, responsable du service juridique, UFC-Que Choisir : "C’est une première brèche à la liberté d’expression, ce qui est inquiétant. Ce sont les premières fois, les premiers jugements où on vient interdire, en quelque sorte de dire quelque-chose".

Le Tribunal de commerce de Brive rendra une dernière décision vendredi prochain. Une entreprise de charcuterie corrézienne avait attaqué l'application Yuka pour acte de dénigrement.